‹ Anthologie du journalisme du 17e si©·cle © nos joursChapitre 159 sur 171 · LAMENNAIS · texte numérisé non relu

LAMENNAIS

On m'accuse d'aTOÎr changé, disait Lamennais, peu de laps avant sa mort; je me suis continué, voilà tout. » Ce mot profond explique les évolutions successivôs aboutissant à sa rupture avec l'Eglise romaine et à un apostolat démocratique du prêtre qui avait été lardent défenseur de l'absolutisme pontifical et monarchique, de l'auteur de Xlndifférence en matière de religion. « La sincérité avec lui-même comme avec les autres, a écrit Eugène Spuller, telle a été la grande, l'unique loi à laquelle Lamennais ait jamais obéi : par lA, il a mérité d'être rangé parmi les plus nobles et les plus sévères consciences qui aient paru n. — C'est dans des circonstances bien diverses que Lamennais se servit de larme de la presse. Aux débuts de la Restauration, il apporte au parti ultra-royaliste ses ardeurs de polémiste dans sa collaboration au Conseri'aieurel au Drapeau blanc. Puis, ne cessant de considérer la religion comme le fondement des sociétés, il entrevoit une Eglise idéale, réconciliée avec la liberté, animée d'un esprit nouveau, renonçant, pour diriger vraiment la vie de» peuples modernes, « à tout l'appareil dogmatique et disciplinaire, » revenant au christianisme primitif. C'est alors, en octobre 1830, la fondation du journal l'Avenir, où, pendant un an, Lamennais expose sa doctrine d'un néo-chrii>tianisme : « Nous pensions, a-t-il écrit, que les peuples, ayant aujourd'hui le sentiment d'un droit social dont ils attendent le soulagement de leurs souffrances intolérables par la substitution d'une liberté légitime à la servitude que leur impose le pouvoir oppressif des souverainetés absolues, devirient trouver dans le christianisme un appui et une règle pour atteindre le but sans

désordre, puisque la loi évangélique qui, en rappelant aux hommes leur égalité native et le lien de fraternité qui doit les unir, a tant contribué à l'abolition de l'esclavage ancien, n'est pas moins favorable à l'abolition de l'esclavage moderne ou de l'esclavage politique. » — Lamennais a donc vu dans l'Eglise « l'émancipatrice prédestinée des nations » ; mais l'Eglise, à laquelle il veut donner la conduite du genre humain, le blâme et le condamne. Par deux fois il se soumet. 11 publie les Paroles d'un croyant, qui ont un retentissement immense et dont on dit expressivement que c'est « le bonnet rouge planté sur la croix ». Il sonde, selon son expression, les bases de l'autorité qui avait été sa règle jusque-là. Obligé de lutter individuellement contre la doctrine infaillible, il cesse de nier l'autorité de la raison individuelle. Il rompt avec l'Eglise romaine, tout en demeurant une âme profondément religieuse. Dans le journal le Monde, il se voue à l'éducation supérieure de la démocratie. Une brochure publiée en 18'iO, le Pays et le Gouvernement, le fait condamner à un an de prison. Au lendemain même de la révolution de 18i8, qui le remplit d'espoir, et d'un espoir qui va jusqu'à l'utopie, il fonde le Peuple constituant, où, a dit Daniel Stern, « s'il pensait souvent comme Danton, il parlait toujours comme Bossuet ». Le département de la Seine l'a élu représentant du peuple, penseur un peu perdu au milieu d'une assemblée purement politique. Sa pitié, après l'insurrection de juin, le f«it se ranger du côté des vaincus. Avec l'Empire et le silence qu'il impose, son rôle actif est fini. On sait à quelles manifestations donnèrent lieu, le l*' mars 1854, les obsèques de Lamennais qui avait voulu, selon les expressions de son testament, être enterré au milieu des pauvres et comme le senties pauvres : « On ne mettra rien sur ma fosse, pas même une simple pierre. » Ainsi disparut, à l'heure d'une éclipse de la liberté, celui qui « avait changé, non pas de Dieu, mais de la manière de le servir ». Faut-il rappeler, sur Lamennais, le jugement de Lamartine : « Il tomba de cheval, non pas sur la route de Damas, mais sur la route de Rome : il devint le saint Paul d'une autre religion. 11 y eut un grand courage dans celte transfiguration. Renier la première moitié de sa vie pour l'homme qui n'a

qu'une vie à vivre, c'est un martyre dont peu d'esprits sont capables. » Si sommairement que ce soit, on a essayé d'indiquer dans ces notes comment le mot de reniement n'est pas exact.

.\près l'insurrection de juin, le rétablissement du cautionnement pour les journaux avait été voté par 'Assemblée nationale. Le Peuple constituant, avec ses médiocres ressources, était ainsi condamné à disparaître. C'est dans le dernier numéro de ce journal que Lamennais écrivit cet éloquent article, dont la dernière phrase est restée célèbre.

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