‹ Anthologie du journalisme du 17e si©·cle © nos joursChapitre 160 sur 171 · SILENCE AUX PAUVRES · texte numérisé non relu

SILENCE AUX PAUVRES

Le Peuple constituant a commencé avec la République; il finit avec la République, car ce que nous voyons, ce n'est certes pas la République, ce n'est même rien qui ait un nom. Paris en état de siège^ livré au pouvoir militaire, livré lui-même aune faction qui en fait son instrument; les cachots et les forts de Louis-Philippe encombrés de quatorze mille prisonniers, ù la suite d'une affreuse boucherie organisée par les conspirateurs dynastiques devenus, le lendemain, tout-puissants; des transportations sans jugement, des proscriptions telles que 93 n'en fournit pas d'exemples; des lois attentatoires au droit de réunion, détruit de fait; l'esclavage et la r»ine de la presse, par l'application monstrueuse de la législation monarchique remise en vigueur, la garde nationale désarmée en partie; le peuple décimé et refoulé dans sa misère, plus profonde qu'elle ne le lut jamais, — non, encore une fois, non, certes, ce n'est pas la République, mais, autour de sa tombe «anginnte, les saturnales de la réaction.

Les hommes qui se sont faits ses ministres, ses serviteurs dévoués, ne larderont pas à recueillir la récompense qu'elle leur destine, et qu'ils n'ont que

trop méritée. Chassés avec mépris, courbés sons la honte, maudits dans l'avenir, ils s'en vont rejoindre les traîtres de tous les siècles dans le charnier où pourrissent les âmes cadavéreuses, les consciences mortes.

Quant à nous, soldats de la presse, dévoués à la défense des libertés de la patrie, on nous traite comme le peuple : on nous désarme. Depuis quelque temps, notre feuille, enlevée des mains des porteurs, était déchirée, brûlée sur la voie publique. Un de nos vendeurs a même été emprisonné à Rouen, et le journal saisi sans aukre formalité.

L'intention était claire : on voulait nous réduire au silence.

On y a réussi par le cautionnement. Il faut aujourd'hui de l'or, beaucoup d'or pour jouir du droit de parler. Nous ne sommes pds assez riches. Silence aux pauvres !

[Le Peuple constituant, 11 juillet 1848.)

Ce dernier numéro du Peuple constituant eut une diffusion considérable. Mais c'était sa fin malgré tout. Lamennais, journaliste, retrouva pendant quelque temps une autre tribune à la Réforme.

La personnalité de Lamennais est si caractéristique que son portrait trouvera ici sa place. C'est Georg-e Sand qui Ta dessiné : « M. Lamennais, a-t-elie dit, petit, maigre, souffreteux, n'avait qu'un faible souffle de vie dans sa poitrine. Mais quel rayon dans sa tête! Son nez était trop proéminent pour sa petite taille et pour sa figure étroite. Sans ce nez disproportionné, le visage eût été beau. L'œil clair lançait des flammes. Le front droit et sillonné de grands plis verticaux, indices d'ardeur dans la volonté, la bouche souriante elle masque mobile sous une apparence de contraction austère, c'était une tête fortement caractérisée pour la vie de rcnoncemetit, de contemplation et de prédication. »

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