‹ Anthologie du journalisme du 17e si©·cle © nos joursChapitre 161 sur 171 · LES JOURNAUX DE FEMMES · texte numérisé non relu

LES JOURNAUX DE FEMMES

Dans le bouillonnement d idées de la révolution de Î848. il faut faire place aux manifestations féminines, les unes appuyées sur des aspirations justifiées par la suite des événements et les modifications aux mœurs, les autres excessives et effrénées.

Le mouvement féministe avait été une des suites du saint-simonisme. Dès 1832 s'était fondé le Journal de la Femme libre, rédigé par Jeanne-Désirée et Suzanne Voiiquier. Les revendications qui s'étaient produites sous le règ^e de Louis-Philippe eurent, après février 1848, une sorte d explosion. Il y eut les excentricités des « Yésuriennes ; , présentant un projet de constitution où l'égalité absolue des sexes au point de vue des droits et des devoirs était proclamée et qui contenait, notamment, cet article : « Le mariage étant une association, chacun des deux époux doit partager tous les travaux; tout mari qui refusera de prendre sa part des soins domestiques sera condamné par un tribunal ad hoc. » Il y eut les réformatrices qui proposaient la masculinisation du costume : a Portons désormais des chapeaux républicains, ronds, en paille pour lété, calotte basse et ronde, larges de bord de cinq ou six pouces. Nous les poserons sur le haut de la tête comme les hommes. — Mais nos cheveux? — Vos cheveux? Vous les couperez... Pourquoi n'accepterions-nous pas les vestes à la polonaise ornées de brandebourg, etc. » {Voix des Femme», 22 avril 1848.) — On vit se manifester alors, dans les journaux féminins ou dans les clubs féminins, — dont la piquante histoire a ëté retracée par M. Marc de Villiers, — les conceptions les plus singulières, dont quelques-unes étaient entourées d'un certain mysticisme d'époque. « C'est nous qui faisons l'homme, s'écriait une des plus ardentes combat-

tantes de la cause : comment n'aurions-nous pas voiis délibérative dans ses conseils? » Les éléments plus modérés tentaient de refréner des ardeurs compromettantes pour le succès des idées émancipatrices, mais ils étaient facilement dépassés par les prétentions turbulentes de celles qu'on appelait les « amazones ». Les publications féministes, la Tribune des Femmes, la Politique des Femmes, VOpinion des Femmes, etc., furent nombreuses, mais celle qui se trouva être à la tète du mouvement fut la Voix des Femmes, dirigée par M"" Eugénie Niboyet, fondatrice aussi du « Club des femmes », dont les protagonistes étaient Jeanne Marie, Noémi Constant, Eugénie Foa, Jeanne Deroin, secrétaire générale, Pauline Roland (qui devait être déportée plus tard et inspirer à Victor Hugo un des poèmes des Châtiments), Hermance Lesguillon, Désirée Gay, Adèle Esquiros, etc. Il y avait d'ailleurs bien des nuances parmi les rédactrices et les oratrices. Les épigrammes et les plaisanteries (dont quelques-unes, par suite de l'accès des femmes à bien des professions qu'elles peuvent choisir aujourd'hui, semblent fort démodées) ne décourageaient pas un apostolat souvent turbulent. Léon Gozlan raillait les revendications politiques des femmes ; il traçait un narquois tableau d'un Parlement où il y aurait des femmes-députées. (Voir ci-dessus, p. 420) Charles Hugo, de son côté, protestait contre les clubs féminins : « Au lieu de le consoler, les femmes crient contre le genre humain : elles feront de leur voix, qui avait été jusque-là douce comme un chant, tendre comme un conseil ou inspirée comme une prière, une sorte de cri sans nom. » .

Dès le 22 mars, des déléguées du Comité des Droits de la Femme avaient demandé au gouvernement provisoire le droit de voter. Armand Marrast éluda la réponse. En avril 1849, Jeanne Deroin posa sa candidature à 1 Assemblée nationale, u La vie est triple, disait-elle dans sa profession de foi : la vie individuelle, la vie de famille et l.i vie sociale. Refuser à la femme le droit de vivre de la vie sociale, c'est un crime de lèse-humanité. » Si, dans la Démocratie pacifique, Victor Considérant avait été sympathique à CCS revendications féministes, Proudhon s était assez rudement élevé contre elles : « Nous ne corn-

prenons pas plus, disait-il, une femme législateur qu'un homme nourrice. » Le jour des élections, on refusa de compter les bulletins au nom de Jeanne Deroin. Le droit de pétition politique, également refusé aux femmes, avait été soutenu à l'Assemblée par Schœlclier, Crémieux, Laurent de l'Ardèche.

La l'oJx des Femmes avait d'abord soulevé la candidature de George Sand. Voici l'article par lequel M"* Eugénie Niboyet* lançait cette candidature. On en lira ensuite la réponse

Nous n'avons pas en vain élevé la voix. Les femmes sont quelque chose dans un pays où les hommes étaient tout.

Voici déjà les ouvrières appelées à se faire représenter par des déléguées auprès de la Commission du Luxembourg. C'est un pas de fait en avant; les autres se feront successivement... Merci, messieurs, continuez, et, par votre justice envers toutes, vous aurez bien mérité de Dieu... Xous ne nous en tenons pas là ; les ouvrières de l'aiguille ont leurs apôtres ; ouvrières de la pensée, faisons un choix à notre tour.

Le représentant qui unit nos sympathies, c'est le type un et une : être mâle par la virilité, femme par l'intention divine, la poésie.

Nous voulons liommer Sand.

La première femme appelée à l'Assemblée constituante devrait être acceptée par les hommes. Sand ne leur est pas semblable, mais son génie les étonne, et peut-être, magnifiques rêveurs, lui font-ils l'houneur d'appeler mâle son génie.

EUe s'est faite homme par l'esprit, elle est restée femme par le côté maternel. Sand est puissante et n'eflkaye personne : c'est elle qu'il faut appeler par le vœu de toutes au vole de tous.

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