LA PLUS GRANDE DE TOUTES LES JOIES DU PÈRE DUCHESNE
Après avoir vu, de ses propres yeux, la tête de Veto femelle séparée de son f... col de grue; grand détail sur l'interrogatoire et le jugement de la louve autrichienne.
J'aurois désiré, f..., que tous les brigands couronnés eussent vu, à travers la chatière, l'interrogatoire et le jugement de la tigresse d'Autriche. Quelle leçon pour eux, f. ..! Comme ils auraient trémi en contemplant deux ou trois cent mille Sans- Culottes, environnant le palais et attendant, en silence, le moment où l'arrêt fatal allait être prononcé! Comme ils auraient été petits, ces prétendus souverains, devant la majesté du peuple! Qu'auraient-ils pensé en se voyant ainsi soumis devant la loi, eux qui ne peuvent être obéis que par la terreur ? Non, f..., non, jamais on ne vit un pareil spectacle. Tendres mères, dont les enfants sont morts pour la république; vous, épouses chéries des braves bou-
1. M. Paul d'Estrée a publie sons ce titre : U Père Duchesne, Hébert et la Commune de Paris, un travail très complet.
gres qui combaltent en ce moment sur les frontières, vous avez un moment étouffé vos soupirs, et suspendu vos larmes, quand vous avez vu paraître devant ses juges la g... infâme qui a causé tous vos chagrins; et vous, vieillards, qui avez langui sous le despotisme, vous avez rajeuni de vingt ans en assistant à cette scène terrible. « Nous avons assez vécu, vous disiez-vous, puisque nous avons vu le dernier jour de nos tyrans. »
Vous tous, qui avez été opprimés par nos anciens tyrans; vous qui pleurez un père, un fils, un mari mort pour la république, consolez-vous, vous êtes
âgées. J'ai vu tomber dans le sac la tête de Veto .^aielle. Je voudrois, f..., pouvoir vous exprimer la satisfaction des Sans-Culottes, quand l'architigresse " traversé Paris dans la voiture à trente-six portiè-
>. Ses beaux chevaux blancs, si bien panachés, si Dien enharnachés, ne la conduisaient pas, mais deux rossinantes étaient attelées au vis-à-vis de maître Samson, et elles paraissaient si satisfaites de contribuer à la délivrance de la république, qu'elles
mblaient avoir envie de galoper pour arriver
is tôt au lieu fatal. La g..., au surplus, a été audacieuse et insolente, jusqu'au bout. Cependant les jambes lui ont manqué au moment de faire la bascule, pour jouer à la main chaude, dans la crainte, sans doute, de trouver, après sa mort, un supplice plus terrible que celui qu'elle allait subir. Sa tête maudite fut enfin séparée de son col de grue, et
Ir retentissait des cris de vive la république, f... {Le Père Duchesne, n" 299.)
GRAGGHUS BABEUF
Voici l'autre période de la Révolut'on, celle qui commence après le 9 thermidor, fait par les Terroristes, par ceux que Robespieri'e appelait « les hommes de sang », et qui devait bientôt tourner contre eux. La contre-révolution relève la tôle. Les pamphlets royalistes abondent, les journaux qui poursuivent les restes du jacobinisme se multiplient. Riclier-Serizy, dans V Accusateur public de la liéfohdion française, est l'un des agents les plus actifs de la propagande monarchiste, bien que, naguère, il ait été le collaborateur et l'ami de Camille Desmoulins. Le Menteur, journal par excellence, d'HofTmann, ridiculise les actes du gouvernement. La « Jeunesse dorée « de Fréron (quel singulier chef elle a choisi!) conduit l'attaque. Martainville crible de plaisanteries les républicains, « la queue de Robespierre ». La Petite Poste de Paris publie la narquoise « Prière du soir à l'usage des Français libres ». Parmi les journaux qui se fondent pour défendre la Révolution, le Journal de la liberté de la Presse, devenu le Tribun du Peuple de Gracchus Babeuf, qui sera plus tard le chef de la conspiration pour le renversement du Directoire et l'apotrc d'un système communiste, mène avec ardeur le combat contre les thermidoriens. « Tout est consommé, dit-il, la terreur contre le peuple est à l'ordre du jour... Il est ordonné de maudire le pacte sacré et sublime de 1793... » Il railla âprement, peu de temps après le drame de thermidor, les vainqueurs de cette journée et leurs mœurs peu républicaines.
LA RXVOLVTION 81