‹ Anthologie du journalisme du 17e si©·cle © nos joursChapitre 28 sur 171 · LA DICTATURE · texte numérisé non relu

LA DICTATURE

De jour en jour il devient plus manifeste que la France approche d'une nouvelle vicissitude révolutionnaire; il n'y a d'immuable dans cette République qu'un changement perpétuel.

Ce changement tient à la nature même des choses, aux antécédents, à la position forcée de ceux qui y ont concouru et aux passions inséparables de leur position. Quiconque gouverne craint la plupart de ses associés, n'aspire qu'à gouverner longtemps et qu'à resserrer l'autorité dans un petit nombre de complices, en dépit des Constitutions, de la Souveraineté du peuple et de toutes les comédies législatives.

Quiconque ne gouverne pas aspire à gouverner; et s'il trouve des obstacles dans les personnes, il travaille à renverser les institutions. Ainsi, les uns poussent au despotisme, et les autres à l'anarchie. Ce mouvement intestin est également favorisé par les lois qui existent et par les lois qui manquent, par l'impossibilité de fixer aucun principe et par l'impulsion donnée que nul ne peut comprimer, dont tous cherchent à profiler et dont la rapidité se proportionne aux moindres circonstances qui la favorisent. Comme il n'existe dans la République ni respect, ni considération pour l'autorité, ni amour quelconque des lois, ni attachement à TEtat, le gouvernement, détesté dans son mode et dans ses individus, n'ignore point qu'aucun ressort légal ou moral ne peut suffire à assurer l'obéissance publique.

La crainte y supplée; une violence continue entretient la crainte; on n'administre pas, on frappe; la faction dominante redoute des surprises au plus

léger relâchement de tyrannie; les actions lui sont soumises, mais les intentions ne le sont point; elle le sait, et cette révolte morale, la fatiguant d'une inquiétude continuelle toujours exagérée, la met en conspiration permanente contre la nation, qui secouerait bientôt le joug si on lui rendait la liberté.

Le bénélice de l'institution républicaine est donc exclusivement réservé au gouvernement et aux jacobins ; mais cette institution produit entre eux-mêmes les effets qu'elle aurait entre le peuple libre et le gouvernement. Ainsi, tandis qu'il existe tyrannie de l'autorité envers le public, il existe au sein de l'autorité même une anarchie et un principe de dissolution très actif.

De là un effort dans les plus ambitieux ou les plus hardis du gouvernement, pour étendre, pour concentrer, pour perpétuer leur pouvoir, et un effort dans les autres pour introduire dans les places, dans les institutions, dans les pouvoirs, une mobilité continue.

C'est au premier de ces deux mobiles qu'a été dû le projet de dictature, enfanté par la cabale de Barras et des thermidoriens, favorisé par ceux que terrifient les jacobins, préconisé par des gens de lettres mercenaires et applaudi de cette portion de républicains, très convaincus que la France ne peut subsister en république, et qui croiraient trouver un préservatif contre le retour de la Monarchie dans le pouvoir absolu de quelques usurpateurs, dont ils partagèrent les crimes et dont ils partagent les intérêts.

Nous avons développé antérieurement les obstacles de tout genre que rencontrait cette entreprise, qui n'est plus maintenant qu'une conspiration tacite «ntre quelques individus, quelques femmes perdues et un certain nombre d'intrigants.

En désignant Buonaparte comme l'un des dicta-

teurs à venir, dans l'espoir que sa célébrité rendrait ropinion plus accessible à cette nouveauté, ils n'ont fait que le décrier et le discréditer. Ce général décline rapidement; Merlin et Rewbell vont achever de l'enterrer dans l'expédition d'Angleterre.

{Le Mercure britannique, 26 février 1798.)

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