RŒDERER
Pierre-Louis Rœderer potiTait dire, en rappelant les événements historiques auxquels il avait été mêlé : « J'ai passé auprès de Louis XVI la dernière nuit de son règne; j'ai passé auprès de Bonaparte la première nuit du sien. » En 1792, il était procureur-syndic du département de Paris. Après le 18 brumaire, il devint Tun des présidents de section du conseil d'Etat. Puis il fut successivement sénateur, comte de l'Empire, ministre des finances du roi de Naples, commissaire extraordinaire de Napoléon, — l'un des grands organisateurs, sous la volonté du Maître, du régime impérial.
Pendant la Révolution, il avait été journaliste, un journaliste ondoyant, habile à envelopper le fond de sa pensée, se réservant, peu enclin ù prendre des responsabilités, tout en ayant l'air de les chercher, et, comme on l'a dit, « serpentant au milieu des orages et des partis ». Ses indignations se manifestèrent surtout quand elles l^ouvaient n'être plus que rétrospectives. Dans le Journal rie Paris, ses articles étaient souvent de piquants tableaux de mœurs, où il raillait les ridicules du jour, comme celui qu'on va lire sur les modes des Incroyables.
La Restauration le rendit à la vie privée, et, retiré dans son château normand de Bois-Roussel, il donna carrière à ses goûts littéraires, en un exil accepté philosophiquement, après avoir eu tant de charges et de dignités. Bien que fort âgé au moment de la révolution de 1830, celte philosophie qu'il avait affectée ne l'empêcha pas de souhaiter jouer encore un rôle politique. Il mourut membre de la Chambre des pairs.