‹ Anthologie du journalisme du 17e si©·cle © nos joursChapitre 32 sur 171 · LES VALETS DE COMEDIE · texte numérisé non relu

LES VALETS DE COMEDIE

Il mo semble que les valets et les soubrettes de comédie sont des personnages tout à fait épuisés. Les anciens les peignaient d'après nature; c'étaient les esclaves favoris qui, élevés avec leurs jeunes maîtres, avaient reçu une sorte d'éducation qui leur donnait un bon langage, de la fiaesse, de l'adresse

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et de la ruse. Molière, Regnard et quelques autres les ont mis sur notre scène, avec un talent sup<»rieui", mais sans aucune vraisemblance; car dans nos mœurs, les Crispins et les Martons sont des êtres imaginaires; tout ce qui n'est pas une imitation de la nature doit nécessairement s'épuiser avec le temps. On peindra toujours avec succès des tableau.v représentant des paysages, des fleurs et des hommes, tandis que l'arcliitecture, qui est un art de convention, et non un art imitatif, doit finir par n'offrir que des copies servilcs ou inventions bizarres. Il parait même que depuis le siècle de Louis XIV toutes ses combinaisons les plus belles et les plus savantes sont épuisées. 11 en est ainsi des Crispins, des Frontins, etc. Les auteurs, ne trouvant point de modèles existants, se contentent de copier, et, comme on sait d'avance, avec certitude, que ces personnages sont intéressés, poltrons, intrigants et fourbes, on les devine trop pour qu'ils puissent paraître amusants ou piquants. 11 faut pourtant des confidents un peu subalternes : ne pourrait-on pas employer avec succès les demoiselles de compagnie, et les secrétaires de grands seigneurs qui n'écrivent point ? et les chimistes, et les botanistes, les petits savants ;ittachés à tant de gens riches, qui ont des cabinets l des laboratoires, mais qui, d'ailleurs, ne savent iii la chimie ni la botanique? On pourrait peindre, iaprès nature, ces nouveaux personnages ; ces peintMres, du moins, seraient vraies et seraient variées, nfin, avec ces nouveaux confidents, on aurait encore I ressource, pour compléter les intrigues, des véitables femmes de chambre et des vrais domestiques que l'on n'a jamais bien peints, parce qu'on nu jamais fait, jusqu'ici, que suivre la tradition l.iissiéc par les anciens auteurs.

[Nouvelle Bibliothèque des Romans, an IX.)

ANGE PÎTOU

On connaît Ange Pitou, faisant de la propagande royaliste en se transformant en chanteur des rues, ayant étaiH son quartier général sur la place Saint-Germainl'Auxerrois, où se trouvait alors un puits ombragé de deux arbres. Il était assez beau garçon, il avait de l'en- Ipain et de la gaieté. Ses chansons, qu'accompagnait ïtt violon, étaient si vivement frondeuses, qu'elles semblaient spirituelles. Il était fort à la mode. Un article du Journal des Débats de 1819, évoquant des souvenirs sur le Directoire, assure que les femmes élégantes qui voulaient l'entendre faisaient, dès neuf heures du matin, retenir des chaises sur la place de Saint- Germain- FAuxerrois, encore que le chanteur ne parût que le soir, ayant dans la journée composé les couplets satiriques «ïiont il donnait l'étrenne à ses auditeurs, couplets bien autrement poussés de ton que ceux que contenaient les cabiers dont la vente alimentait en partie la caisse de la cause monarchiste. Ses bénéfices personnels restaient «score assez importants. On sait, d'ailleurs, qu'il expia celte influence qu'il avait prise, comme « agent royal », sur l'esprit public, par plusieurs ari-estalions pendant la période du Directoire. Un des griefs invoqués contre lui «tîtit « qu'il accompagnait ses chansons de gestes indécents, ne cessant de mettre la main à son derrière en parlant de la rçi^ublique et des républicains ». Le « Garai des carrefours » fut définitivement arrêté après les éTénements du 18 fructidor et condamné à la déportation à la Guyane. Il y arriva en juin 1798. Revenu en France «B 1801, il ne jouissait pas longtemps de sa liberté et {tassait encore quinze mois en prison. Sa grâce lui vint- •Ue d'une dénonciation qu'il fit de l'émission de faux

billets de banque? Il publia, sous la réserve des modifications imposées parla censure, son Voyage à Cayenne, se fit libraire, n'évita pas la faillite, vécut de leçons données. Pendant la Restauration, il ne cessa de poursuivre le gouvernement de réclamations. Louis XVIII et Charles X ne témoignèrent d'aucune gratitude pour un homme qui s'était si souvent exposé au service des princes. Ange Pitou continua, bien qu'elles n'eussent aucune chance de succès , ses réclamations auprès du gouvernement de Louis-Philippe, revendiquant le remboursement des sommes qu il avait avancées, quarante ans auparavant, pour la cause royaliste. Il mourut en une complète détresse, dans le logis qu'il habitait en une maison de la rue Vieille-Notre-Dame. M. Fernand Engerand a consacré une étude très complète à Ange Pitou.

On connaît moins en lui le journaliste q u'il fut encore même pendant son singulier apostolat de chanteur des rues. Dès 1789, peu de temps après son arrivée à Paris, il collaborait au Journal de la cour et de la ville, qui» dans sa période agressive, fut connu sous le titre de Petit Gautier. Puis il passa au Courrier extraordinaire, reçut une pension de la reine et, après le 10 août, batailla contre les comités révolutionnaires dans le Journal français, dans le Courrier universel et dans la Correspondance politique, tout en conspirant quelque peu, et en établissant des liens entre la S'endée soulevée et Pari». Arrêté en octobre 1793, jugé en mai 1794, il se tira d'afFaire par un tour de passe-passe de sa façon, en protestant de son civisme et en travestissant en couplets républicains les couplets pour lesquels, entre autres chef* d'accusation, il était incriminé. Il fut acquitté. Après le 9 thermidor, il lança une publication satirique, le Tableau de Paris en vaudeville, où il attaquait ardemment les jacobins, avec cette épigraphe : Ridendo dicere verum quid veiat? Puis il devint le principal rédacteur de VA mi du Peuple, qui, alors, tout en semblant jacobin, devait, par ses exagérations mêmes, être dangereux pour ce parti. Jouant double jeu, Ange Pitou rédigeait en même temps des articles thermidoriens aux Annales patriotiques. Tous les moyens lui étaient bons pour servir, ù sa façon, la cnuse royaliste.

Dans le 6* numéro du Tableau de Paris en vaudeville (novembre 1796), il comparait, avec une verve fuiùeuse, la Révolution à une tragédie qui eût pu s'intituler : la Mort du genre humain, « composée par les anciens comités de salut public et sûreté générale ».

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