‹ Anthologie du journalisme du 17e si©·cle © nos joursChapitre 44 sur 171 · BENJAMIN CONSTANT · texte numérisé non relu

BENJAMIN CONSTANT

1767-18 ÎJ)

On ne saurait résumer en quelques lignes la vie agitée, pleine de péripéties souvent contradictoires, de Benjamin Constant. « Les sentiments de Thomme sont confus «?t mélangés, » a-t-il dit dans ce court roman à' Adolphe, chef-d œuvre d'analyse, qui est aujourd'hui mieux compris qu il ne le fut au temps de sa publication. Une i-ime inquiète apparaît, en effet, une âme tourmentée, exigeante, abondante en contrastes, prompte au désabusement, ce une âme insaisissable », écrivait Sainte-Beuve, qui, d'ailleurs, fut sévère et parfois injuste pour Benjamin Constant.

Dans son journal intime, l'homme qui fut voué à la destinée orageuse que l'on sait notait ceci : « Une des singularités de mon existence, c'est d'avoir toujours passé pour insensible et sec, et d'avoir été constamment gouverné par des sentiments indépendants de tous calculs, et même destructifs de tous mes intérêts de position, de gloire et de fortune. »

L article fameux — bien qu'on n'en connaisse généraralement qu'une phrase — qu'on va lire, atteste la vérité de cette assertion. Benjamin Constant avait perdu toute illusion sur le libéralisme des^ Bourbons quand se produisit le retour de l'ile d Elbe. A la veille de larrivée de Napoléon à Paris, il écrivit, dans le Journal des Débats, le réquisitoire le plus violent, le plus enflammé, on pourrait dire le plus furieux, contre l'empereur déjà inévitablement maître de la situation. Or, cet article, ce Ti était pas son dévouement à Louis XVIII qui le lui inspirait. Il l'avait jeté sur le papier, comme en caractères de feu, pour plaire ù M°»* Récamier, dont il était éperdument épris, bien qu'il n'eût pu avoir raison de sa froi-

deur. On en a la preuve par une note d'un de ses carnets : « Débarquement de Bonaparte. M"" Récamier me pousse à me jeter à corps perdu du côté des Bourbons; » et par ce billet adressé à la belle Juliette : « Le monde croulerait que je ne songerais qu'à vous. J'expose ma tète pour une cause que vous aimez. Je brave Bonaparte, qui va revenir... Tout le monde me dit de ne pas 1 attendre : je reste pour vous prouver, au moins, qu il y a en moi quelque chose de courageux et de bon. »

On connaît la suite ironique donnée à cette véhémente déclaration de principes. Quelques jours plus tard, Napoléon faisait demander Benjamin Constant, le séduisait, le nommait conseiller d'Etat, et, le transformant en un des défenseurs de l'Empire, le chargeait de rédiger un projet de constitution.

A la seconde Restauration, — et c'est là la période vraiment brillante de sa carrière politique, — Benjamin Constant, devenu le chef de l'opposition, ne cessa, à la tribune ou par la plume, de revendiquer les libertés supprimées, celle de la presse notamment.

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