‹ Anthologie du journalisme du 17e si©·cle © nos joursChapitre 52 sur 171 · ETIENNE · texte numérisé non relu

ETIENNE

Etienne, sauf un petit froncement de sourcils du maître à l'occasion de quelques vers d'une de ses pièces, avait bénéficié du régime impérial. — « Il faut placer ce jeune" homme près de nous, » avait dit Napoléon, au camp de Boulogne, souriant de louanges adroites dans les couplets d'un à-propos. Secrétaire de Maret, employé dans des missions de surveillance, Etienne accepta plus tard les fonctions qui relevaient du ministère de la police générale. Il censurait le théâtre et la presse, et Ton sait combien cette censure était ombrageuse. Quand, par une mesure arbitraire, l'empereur confisqua la propriété du Journal des Débais, devenu le Journal de l'Empire, Etienne •en fut nommé le rédacteur en chef. La docilité de cet homme de lettres à prendre part à la direction de 1' « esprit public », c'est-à-dire à étouffer toute velléité d'indépendance, lui valut de multiples faveurs. La Restauration lui apparut surtout le gouvernement qui l'en privait, et l'ancien censeur, un moment menacé de proscription, rayé de la liste des membres de l'Académie française, se jeta dans les rangs de l'opposition. Persécuté, il trouvait abominables les persécutions. Il oubliait avec quelque •désinvolture le rôle qu'il avait joué on d'autres temps : « Quelle raison a pu déterminer la censure ? écrivait-il eu 1821, à propos d'une pièce de lui, pour laquelle il avait des dénièlés avec l'autorité : aucune. La censure n'a pas besoin de raison. Elle commande; il faut obéir. » Quel dommage, a dit justement M. Camille Le Senne dans une étude sur Etienne, que l'Elienne du bureau de l'Ksprit public ne se soit pas dit à lui-même ces choses-là quand il était le fondé de pouvoirs du duc de Rovigo? — Quoi

qu il en soit, Etienne devint un des écrivains libéraux le» plus marquants de l'époque de la Restauration. Un mot malicieux de Mn»« Desbordes-Valmore rappelle comment il passait « pour un grand citoyen ». Ses Lettres de Paris dans la Minerve défendaient avec vigueur la cause de la liberté. Elles ne peuvent plus avoir quun intérêt d'époque, en montrant avec quelle adresse il avait su prendre une nouvelle attitude, dont l'opinion devait lui savoir gré. En 1840, il était appelé à la Chambre des Pairs.

Il présenta ce cas singulier d'être réélu à l'Académie après en avoir été exclu par l'ordonnance de 1816. Il eut pour successeur, enl84G, dans le fauteuil qu'il occupait, Alfred de Vigny, assez embarrassé pour prononcer son éloge. On ne peut guère se souvenir utilement, aujourd'hui, que de quelques pages de critique, où Etienne montre du goût et de l'esprit.

On a élevé, en 1913, à Chamouilley, son pays natal, un monument à la mémoire d'Etienne.

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