‹ Anthologie du journalisme du 17e si©·cle © nos joursChapitre 53 sur 171 · LE RESPECT DE LA CHARTE · texte numérisé non relu

LE RESPECT DE LA CHARTE

Je m'exprime avec chaleur, peut-être, mais c'est. le sentiment profond d'un PVançais vivement éma des maux de son pays. Je n'ai aucu-ne auimosité, aucuuc espèce de prévention ; il y a plus, je connais, j'apprécie la position difiicile des hommes qui tiennent le limon des affaires ; mais, autant une censure indiscrète et un vain désir de fronder me sembleraient peu généreux, autant une timide réserve et une lâche condescendance deviendraient impardouiinbles. Il ne s'agit point ici d'abstractions : jamais •le plus positifs intérêts n'agitèreut les esprits. Ce sont nos droits les plus chers, nos libertés les plus, précieuses, c'est notre bonheur, notre repos, notre indépendance qui sont menacés; et c'est aujourd'Iiui surtout que l'homme dont le cœur palpite encore au nom de liberté et de patrie est appelé à dire haute-

ment sa pensée, en vertu de la prérogative que luî assure cette charte, monument de la sagesse de son roi. Elle semblait à jamais sauvée au 5 septembre. Avec la charte, le ministère bravait toutes les factions, imposait silence à toutes les haines. Il était à la fois royal et national, et il fit la faute capitale de ne pas rester dans cette redoutable enceinte. Au lieu de s'y enfermer comme dans un fort où il était invincible, il se jette dans les lois d'exception, périlleux défilé où il reçoit le feu des partis contraires. Tel est son aveuglement qu'il prend la position où son ennemi venait d'être vaincu. Il avait triomphé de l'arbitraire par la charte; on l'attaque par la charte sur le terrain de l'arbitraire, et la France, croyant que ce sont les hommes et non les principes qui triomphent, regarde avec douleur une lutte qui lui devient étrangère et où on ne semble combattre au nom de la liberté que pour s'arracher le pouvoir.

Les ministres parlent du maintien de la charte, ils jurent de la respecter, et ils lui ôtent ses deux principaux soutiens, la liberté individuelle et la liberté de la presse.

... Nous vivons dans de bien étranges circonstances. On accuse ceux qui sollicitent des institutions conservatrices de vouloir perpétuer les révolutions, et on regarde comme les âmes de la monarchie des insensés que n'épouvante pas le fleuve de sang qui sépare le nouveau régime de l'ancien. Les constitutionnels, c'est-à-dire tout ce qui représente l'agriculture, le commerce et l'industrie, demandent à grands cris la stabilité sans laquelle il n'est point de repos; ils demandent que la charte soit appuyée sur des lois qui la fortifient et sur des hommes qui la soutiennent, qui ne veulent fléchir ni sur le sceptre d'une aristocratie factieuse, ni sous le joug d'une démocratie turbulente ; ils tiennent à la

liberté, conquête chère et douloureuse, et la charte la leur donne telle qu'ils la voulurent. Les ministres doivent donc à la France d'en conserver le dépôt sacré, de la garantir de tous les ravages du temps et de toutes les chances du pouvoir. Ils la doivent au roi, qui, dans une mémorable séance, l'a appelée son plus beau titre à l'estime de la postérité. La postérité! Que les hommes de son choix entendent! La charte de Louis XVIII ne doit pas être le testament de Louis XIV.

[La Minerve, 13 juillet 1818.)

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