L'ASSASSINAT DU DUC DE BERRY
Hélas I Lorsque, pénétré d'une horreur vive et profonde en voyant le régicide trouver des protecteurs, des avocats, des auxiliaires jusque dans la chambre des députés ; lorsque, agité d'alarmes prophétiques, je m'éoriais : a Entre ces principes, ces discours et l'aHentat de Ravaillac, il n'y a que la distance de l'occasion, s je ne croyais pas moi-même que la distance serait sitôt franchie, que les leçons des professeurs d'assassinat fructifieraient aussi vile, et que déjà un autre Ravaillac aiguisait son poignard. FcHcitez- vous, dignes patrons des assassins de Louis XVI ! Vous avez réveillé chez quelques atroces séides la soif du sang bourbonien! Félicitez-vous! Ce sang vient de couler encore, et la tombe s'est ouverte pour le neveu du roi martyr.
Qui a corrompu le cœur, exalté la tête et dirigé le bras du meurtrier? C'est vous, écrivains factieux,
qui depuis si longtemps prêchez la révolte êl le sacrilège; qui encouragez le crime, en le justifiant; qui avez choisi pour vos héros, et qui proposez pour modèles à vos adeptes tous les hommes qui ont signalé par de grands forfaits leur fureur révolutionnaire, et par d'horribles perfidies leur haine contre la royauté légitime! Ce sont vos principes que l'assassin a mis en action.
C'est vous, députés indignes et parjures, qui, profanant le nom du roi dans un serment que votre cœur prêtait à l'anarchie ou à l'usurpation, avez osé défendre le prêtre assassin que vous appelez un principe, et proclamer que voter la mort de son Roi, n'était qu'exprimer une opinion! Le meurtrier du Prince sur qui reposaient tant d'augustes et précieuses espérances a exprimé aussi une opinion; et vous devez à sa justification le secours de votre éloquence, puisque c'est d'après vos principes qu'il s'est conduit.
Mais, que dis-je? Non, ce n'est ni parmi vous ni parmi les écrivains qui soutiennent et propagent vos doctrines qu'il faut chercher les plus grands coupables... Révolutionnaires par système, tueurs de Rois par principe, vous avez fait votre métier!
Les brigands qui ont une fois foulé aux pieds toutes les lois divines et humaines ont raison de profiter de la tolérance que leur accordent les dépositaires du pouvoir et de la force destinée à les réprimer et à les punir.
Le premier coupable, c'est l'homme funeste qui depuis quatre ans n'a employé l'autorité et la confiance que le Roi lui avait remises pour consolider la monarchie qu'à miner tous les fondements du trône, qu'à frapper tous les amis éprouvés de la légitimité; qui n'a eu des récompenses que pour la félonie et le crime, et des persécutions que pour l'honneur et la fidélité; qui a rdchaulfé, nourri, ca-
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ressé, déchaîné le ti^re révolationnaire; qui a encouragé, soudoyé tous les distributeurs publics de poison. Oui, je vous nomme et je vous accuse, et la France et l'Europe entière joignent à ma voix leur cri accusateur:.. Oui, monsieur Decazes, c'est vous qui avez tué le duc de Berry.
Votre main n'a pas porté le coup sanglant; mais TOUS avez vu le fer se forger, s'aiguiser en poignard, se lever, et vous n'avez rien fait pour prévenir le crime. De toute part, la fidélité, justement alarmée, vous criait : « Les factieux conspirent, ils préparent leurs armes, ils vont frapper!... » Vous avez été sourd .. Enfin, vous avez vu la révolte lever sa tète audacieuse dans un royaume voisin gouverné aussi par un Bourbon; vous avez cru un instant que le Roi d'Espagne avait perdu le trône et la vie, et vous n'avez songé à préserver ni le trône ni la vie des Bourbons de France. Quand Kotzebuë, courageux défenseur des principes d'ordre et de religion, périt en Allemagne sous le poignard d'un disciple fanatique de la philosophie moderne, un grand écrivain, un illustre pair français, dont le nom seul rappelle tout ce que le talent a de plus brillant et la vertu de plus noble, traça ces mots mémorables : Il n'y a qu'un pas du cœur d'un royaliste au cœur d'un Roi, et un sourire dédaigneux vint errer sur vos lèvres,
Souriez donc maintenant; le pas est fait... C'est un Roi, c'est plus qu'un Roi que le poignard a frappé dans le duc de Berry... C'est une race tout entière qui succombe sous le coup qui arrache la vie à un seul prince. L'arbre royal est encore debout, sa branche féconde est tombée... Mais... vous pleurez, vous gémissez; on le dit, je veux le croire. Vains gémissements I Larmes stériles ! Vos pleurs rendrontils à la France ce qu'elle a perdu par votre faute? Oui, pleurez; pleurez des larmes de sang; obtenez que le Ciel vous pardonne, la patrie ne vous par-
donnera jamais. Mille vies comme la vôtre valentelles un jour de la vie d'un Bourbon?... Oh! si le Ciel ne nous garde un miracle, quel héritage laisserons-nous à nos neveux? Un grand procès politique, une longue guerre, le déchirement de la France. Entraînés par la puissance d'horribles souvenirsautant que par la l'orée des principes, qui peut dire OÙ ils iront chercher la légitimité ?
[Le Drapeau blanc, 15 février 1820.)