‹ Anthologie du journalisme du 17e si©·cle © nos joursChapitre 56 sur 171 · CHARLES NODIER · texte numérisé non relu

CHARLES NODIER

Alexandre Dumas, dans ses Mémoires, a dessiné un aimable portrait de Charles Nodier : «C'était un homme admirable que Nodier : je n'ai rien vu et rien connu de si savant, de si artiste et de si bienveillant à la fois. Aa reste, n'ayant pas un vice, mais plein de ces défauts charmants qui font l'originalité de Thomme de génie.. Nodier était prodigue, insouciant, flâneur, oh, mais flâneur avec délices, comme Figaro était paresseux. Peutêtre pouvait-on lui reprocher d'aimer un peu trop fort le monde, mais cela, c'était encore par insouciance, pour ne pas se donner la peine de faire la division de ses sentiments. Qu'on me permette de faire un mot pour cet homme qui en a tant fait : c'était un aimeur. »

Cet a aimeur » fut aussi très aimé. Son salon de l'Arsenal, si souvent évoqué par les romantiques, est resté fameux dans l'histoire littéraire. Ecrivain, il toucha à tous les genres, depuis des travaux philologiques jusqu'au roman fantastique. L'anecdote est célèbre de Nodier sifflant ù la Porte-Saint-Martin une pièce, /« Vampire, qu'il trouvait détestable : il en était l'auteur.

Après avoir légèrement frondé le premier consul, Nodier, qui avait eu recours à la i)rolection de Fouché, avait été envoyi; par lui en lllyrie, pour y rédiger à Laybach un journal en quatre langues, le Télégraphe illyricn. Son séjour en lllyrie devait lui laisser bien des souvenirs et le prétexte ù d'ingénieuses mystifications littéraires. A la chute de l'Empire, il attesta volontiers ses sentiments royalistes dans la Quotidienne et dans le Drapeau blanc; mais, pour ne parler que de son œuvre de journaliste, c'est dans toutes les publications de son temps qu'il sema d'innombrables pages.

DU xMOT « MONSIEUR >

On demande souvent quels sont les savants et les gens delettres auxquels on doitencorele « monsieur» et quelle règle il faut suivre, quand on parle d'eux, pour ne pas manquer aux convenances d'une société polie : cette difficulté n'était pas tranchée au dixseptième siècle, et Ménage paraît bien persuadé qu'on dira toujours M. Arnault et M. Descartes : en quoi il s'est trompé, surtout pour le second.

Il est reçu, aujourd'hui, qu'on a prêté ce titre cérémonieux au nom de tous les vivants, et, quant aux morts, de tous ceux dont on a pu être le contemporain. Ainsi, Voltaire et Montesquieu seraient encore M. de Voltaire et M. de Montesquieu pour quelques vieillards.

Le caractère du personnage et de son talent mo- ■difie toutefois beaucoup cette convention dans l'usage ordinaire. Les grands hommes perdent beaucoup plus tôt le monsieur que les autres, parce que l'imagination s'accoutume facilement à agrandir le domaine de leur réputation aux dépens des temps passés, et à les confondre d'avance avea les classiques profès. Je ne pourrais m'empêcher d'écrire sans iormule Bernardin de Saint-Pierre, Chateaubriand, Lamartine, Victor Hugo, et il me semble que le contraire serait malséant, cette licence qui marque une familiarité déplacée avec la médiocrité n'étant qoe l'expression d'un hommage envers le ^éïiie. Beaucoup d'hommes célèbres de notre époque seront longtemps des « messieurs ». Ceux-là n'eu sont plus.

J'ajouterai qu'il y a une délicatesse exquise, mais spontanée, et peut-être inexpliquée jusqu'ici, à conserver le titre de Monsieur à oerlains hommes émi-

LA SECONDE RESTArRlTIOûl . 15^

lo^mment vertueux qui ont occupé de grandes positions dans le monde, mais que l'exercice de la vertu a placés si haut au-dessus des dignités civiles que leur nom est resté la première de leurs recommandations aux yeux de l'histoire.

Il ne serait pas surprenant que la postérité dise encore M. de Malesherbes, M. Laine ^ et M. de Martignac, comme nous disons |]\I. de Harlay et M. d*^ I hou.

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