‹ Anthologie du journalisme du 17e si©·cle © nos joursChapitre 75 sur 171 · A MONSIEUR DE LAMARTINE · texte numérisé non relu

A MONSIEUR DE LAMARTINE

Je me disais : Donnons quelques larmes amères An poète qui suit de sublimes chimères, Fuit les cités, s'assied au fond des vieilles tours, Sous les vieux aqueducs prolongés en arcades. Dans riiuniide brouillard des sonores cascades, Et dort sur l'aile des vautours.

Hélas! Toujours au fond des lacs, des précipices. Toujours, comme on le jieint devant ses frontispices, Drapant d'un manteau brun ses membres amaigris, Suivant de l'œil, baigné par les feux de la lune, Les vagues à ses pieds mourant l'une après l'une Et les aigles dans les cieux gris.

Quelle vie! Et toujours, poétique suicide, Boire, et boire à longs flots une excellence acide;

Ne donner qu'à la mort un sourire fané, Se bannir en pleurant loin des cites riantes, Et dire comme Job en mille variantes :

« O mon Dieu, pourquoi suis-je né! »

Oh! que je le plaignais! ^la douleur inquiète Demandait aux passants : « Où donc est le poète? » Que ne puis-je donner une obole à sa faim El lui dire : « Suis-moi sous mes pins d'Ionie : Là tu t'abreuveras d'amour et d'harmonie, Tu vivras comme un séraphin. »

Mais j'étouffai bientôt ma plainte ridicule. Je te vis nue fois sous les formes d'Hercule "Courant en tilbury sans regarder le ciel, Et l'on disait : « Demain il part pour la Toscane. De la diplomatie il va sonder l'arcane, Avec un lilre officiel. »

Alors je dis : « Heureux le géant romantique Qui mêle Ezéchiel avec rarillimétique !

De Sion à la Banque il passe tour à tour

ur encaisser les fruits de la littérature. ..es traites à la main il s'élance en voiture En descendant de son vautour, u

D'en haut tu fais tomber sur nous, petits atomes» Tes Gloria Patri délayés en d^ tomes, ^^--^-'t'V.A^ Tes psaumes de David imprimés sur vélin. Mais quand de tes billets l'échéance est venue, jcle financier, tu descends de la nue Pour traiter avec Josselin.

u trône est-il vacant dans notre académie? A l'instant, sans regret, tu quittes Jérémie Et le char d'Klisée aux rapides essieux, Ta daignes ramasser avec ta main d'archange Des litres, des rubans, joyaux pétris de fange, El lu remontes dans les cicux.

On dit même aujourd'hui, poète taciturne, Que tu viens méditer sur les chances de l'urne, Que, le front couronné d'ache et de nénufar, Appendant à ton mur la cithare hébraïque, Tu viens solliciter l'électeur prosaïque, Sur l'Océan et sur le Var.

O frère, cette fois, j'admire ton envie, Et tu pousses trop loin le dégoût de la vie : Nous avons bien permis à ton modeste orgueil D'échanger en cinq ans tes bibliques paroles Contre la croix d'honneur, l'amitié de Yitrolles Et l'académique fauteuil.

Mais qu'aujourd'hui, pourprix de tes hymnes dévotes Aux hommes de Juillet tu demandes leurs votes, C'en est trop! L'Esprit-Saint égare ta fierté; Sais-tu qu'avant d'entrer dans l'arène publique. Il faut que devant nous tout citoyen explique Ce qu'il fit pour la liberté ?

On n'a point oublié tes œuvres trop récentes, Tes hymnes à Bonald en strophes caressantes, Et sur l'autel rémois ton vol de séraphin, Ni tes vers courtisans pour tes rois légitimes, Pour les calamités des augustes victimes Et pour ton seigneur le Dauphin.

Va ! les temps sont passés des sublimes extases, Des harpes de Sion, des saintes paraphrases. Aujourd'hui tous ces chants expirent sans écho; Va donc, selon tes vœux, gémir en Palestine Et présenter, sans peur, le nom de Lamartine Aux électeurs de Jéricho.

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