ET LE CHARIVARI
« Philipon contre Philippe! » Ainsi pent se résumer, [rendant une période de la monarchie de Juillet, l'attitude du fondateur de la Caricature et du Charivari, \o\XT' riaux satiriques, faisant une guerre incessante de plume et do crayon à Louis-Philippe et à ses ministres, — guerre d autant plus redoutable qu'elle était menée, en dépit de «a riolonre, avec beaucoup d'esprit, a Les premières an- '•es du règne de Louis-Philippe, a dit Champfleury, sont racées là minute por minute. Les crayons ne s'arrêtent ;!u8. fi quels crayon»! C'est le roi qu'on épie dans toun .'■s ncte« de sa rie publique et de sa vie privée... On croit :i-~i-tor à un défilé de masques cruels, qui récitent on catf. hisme poissard politique. » Le monarque bourgeois était raillé et ridiculisé de toutes les façons. — Une de» plaisanteries inventées par Philipon fut de donner .1 ;•■ Louis-Philippe la forme d'une poire, et cette
I • — expiée d'ailleurs par nombre de procè»
— •!.• M;.- popularité prodigieuse. Travier, Granville, Duuiui.t ix< . utérent sur ce tht-me d'abondantes variafions. Parfois le journal était composé en forme de '•ire. En 1834, le Charivari éXaxi condamné à six mille : ntifH d'araendp, et son gérant à six mois de prison. Le 1" ' '. iivier, Philipon fit paraître une page dessinée par 1 II -m. me, où, souit prétexte de montrer par quel jeu finor#nl on arrivait à transformer une poire de façon à n\ donner la physionomie de Louia-Philippe, il renouve- •^ railleries. Le» collaborateurs littéraires de Phili- !. Mi Charimari étaient Albert Clerc, Altaroche, Toxile Dr'lijid, Clémeat Caramel, Louis HuaK. Ses dessinateurs ét4it<nt : Daumier, Travicz, Granville, Baffet, Cliurlat, Descamps, Deveria, Bellangé.
... AFIN QUE SI JAMAIS L'ÉTAT LEUR MANQUE ILS NE 'MANQUENT DU MOINS JAMAIS D'ÉTAT
Il y a des esprits mal faits qui reprochent à la royauté actuelle ce qu'ils admirent dans les autres comme des vertus; qui lui reprochent notamment son économie, son savoir-faire, son habileté à tirer parti de tout, à ne rien laisser perdre, pas môme la cire des pétitions qu'elle reçoit toujours avec un nouveau plaisir; pas même les lièvres de ses forêts, qu'elle ne tue pas ello-mème comme faisaient ses devancières, mais qu'elle afferme à beaux deniers; pas même les petites brauches pourries qui gisent dans les allées de ses jardins et parcs, et qu'elle ramasse soigneusement pour aviver son feu de houille; pas même enfin ces vieilles nippes qu'elle fait transformer en culottes, en guêtres et en casquettes pour les petits principicules.
Ce sont là des vertus bourgeoises, ou bien je ne m'y connais pas; vertus donc qui conviennent parfaitement à une royauté bourgeoise.
Mais ce en quoi ces mêmes esprits mal faits affectent de la blâmer davantage, ce sont les nombreux envois de fonds qu'ils l'accusent de faire en Amérique.
Certes le Charivari n'aura jamais à se reprocher d'aussi injustes accusations.
Nous ne savons si ces envois sont bien réels; mais, en tout cas, cela ne prouverait en elle qu'un sage esprit de prévoyance. La royauté citoyenne est fort solide, il n'y a pas de doute; mais enfin il n'y aurait rien d'impossible à ce que le suffrage unanime des voitures publiques, qui lui a servi de base au mois de juillet, lui fit infidélité quelque jour. En général, il n'y a rien de mobile comme les voilures publiques. Qui peut répondre, d'ailleurs, qu'on ne finira point par se dégoûter soi-même
d'avoir à gouverner des gaillards qui se rebiffent sans cesse? On s'en dégoûterait à moins.
Cela étant, la sagesse des nations, ou bien plutôt celle des princes, veut qu'on ait en réserve quelque poire pour la soif. C'est probablement dans ce sage esprit d'éventualité que la royauté citoyenne a fait apprendre à chacun des enfants de Sa Majesté, mâles ou femelles, un état, même un métier.
(Le Charivari, 17 janvier 1834.)^
Ce Cijariuari,
JOCILtAL rt'IUAni CHAOUE JOL'n L'<l ItOUTtXU 3S1UX.
4*^m^\.>. I- M./iv
PREl^ltRE PAGE DU ■ ClIARIVAni » DU l"" .MAI 183: liiPRIULE EN rORME DE POIRE.
SI LA JUSTICE A TOUJOURS DEUX POIDS, DU MOINS ELLE NE GARDE PLUS DE ME- SURES.
Si le Charivari ne vous a point parlé, ces jours derniers, des étranges choses qui se passent, au sein d'un tribunal exceptionnnel se disant cour d'assises, entre trois juges et son frère et ami le National, ce n'est pas, croyez-le bien, qu'il ne fût en mesure de vous les conter jusque dans leurs moindres détails. Le Charivari a fait tout ce qu'il lui était possible de faire. Repoussé de l'intérieur de la cour, il s'est cramponné comme d'habitude à la porte, à travers laquelle il a entendu la belle improvisation de M. Carrel, qui parle comme il écrit; le Charivari a croqué par la même occasion M. Franck- Carré, l'avocat de Sa Majesté, dont il vous offrirait la portraicture , si cet irréprochable en valait la peine.
Mais le Charivari a dû s'en tenir là. Il sait trop bien, ou plutôt il ne sait pas assez jusqu'où peut aller la manie d'interprétation des jugeurs qui commentent d'une manière fort large l'arrêt Dubois (dont on fait les flûtes). Ces messieurs y mettent vraiment de l'enthousiasme.
Toutefois, s'il ne nous est pas permis de vous parler du débat judiciaire, nous avons encore licence de vous faire part des saisies et assignations.
A ce titre, nous vous apprendrons que M. Persil, renchérissant sur tout ce que la science interprétative a produit de plus stupéfiant jusqu'à ce jour, a cité hier M. Carrel, gérant du National de lS3i, et que le parquet s'obstine à intituler gérant du National, pour avoir rendu compte, dans sou numéro d'avant-lîier, de Son propre procès!
Voilà qui est tout à fait digne de M. Persil! Quoi! je suppose que le National de 183^ fût réellement, ce qui n'est point, l'ancien National, le National interdit; pourrait-on l'empêcher de rendre compte à ses abonnés, dont il est aussi la propriété, des limites que la jugerie impose à sa publicité, ou, si vous aimez mieux, à son exploitation? Le compte rendu, dans ce cas, n'est pas une nouvelle plus ou moins intéressante, jetée à la curiosité publique; c'est une communication faite à des ayants-droit d'un événement qui modifie les rapports du journal avec ses souscripteurs.
Mais que sera-ce donc si ce journal n'est pas le journal interdit, et si, avec un litre différent, un acte social différent, et des propriétaires différents, il n'a de rapport avec lui que dans la cervelle interprétomane d'un homme du roâ ? C'est pourtant vrai, jusqu'à ce qu'un arrêt vienne décider le contraire, et M. Persil aurait dû au moins avoir la pudeur d'attendre cet arrêt, si tant est qu'il doive sortir favorable.
Il résulte, du reste, de ces dernières poursuites dirigées contre le nouveau National, une moralité remarquable et qui mérite d'être signalée.
Naguère, la Tribune, qui voulait faire vendre ua supplément dans la rue, eut le malheur d'ajouter, sur ce supplément, un mot à son titre, et de s'y intituler la Tribune des Ouvriers, etc. M. Persil s'écrie bien vite : « Ce n'est dIus la Tribune, c'est un nouveau journal. » Et la Tribune fut condamnée, comme un nouveau journal, pour avoir ajouté un mot à son titre sur le supplément, et quoiqu'il ne fût survenu aucune modification dans la gérance, ni dans la rédaction, ni dans la propriété.
Aujourd'hui le National cesse de paraître; un nouveau journal s'élève qui ajoute un mot à ce titre, avec d'autres gérants, avec un autre acte
social, avec un autre cautionnement, en un mot, un journal entièrement et légalement nouveau. Vite M. Persil lui crie : a Halte-là! c'est toujours le National! »
O jugerie!
{Le Charivari, 17 janvier 1834.)
LOUIS DESNOYËRS *
Ce fut un homme entreprenant, journaliste de vocation, fécond en idées, et les rt-alisant souvent. L'une de ces idées fut la création de la Société des gens de lettres, qui naquit d'une réunion provoquée chez lui, dans sa maison de la rue de Navarin, le 20 décembre 1837. Vingt et un jours plus tard, la société était officiellement fondée : il en était le vice-président, la présidence étant dévolue à Villemain. Après avoir donné une collaboration active aux journaux qui constituaient alors ce qu'on appelait « la petite presse », — ayant parfois par sa vivacité do ton plus d'action que la grande, — il entra au National. Puis il fut un des fondateurs du Siècle, rival de la Presse dans la révolution de l'abaissement du prix de l'abonnement. Il y apporta l'innovation du roman-feuilleton, en assumant la direction de la partie littéraire. Prêchant d'exemple, il fut un abondant chroniqueur, sans parler de ses romans, parmi lesquels Jean-Paul Chopart eut une assez longue popularité. Au Siècle il donna notamment une série d'articles dont le style à facettes n'a pus laissé quo de vieillir un peu, intitulée : les Béotiens de Paris.