‹ Anthologie du journalisme du 17e si©·cle © nos joursChapitre 78 sur 171 · SAINTE-BEUVE · texte numérisé non relu

SAINTE-BEUVE

Saînle-Beuve fit ses débuts de critique au Globe ea 1826, pendant qu'il poursuivait ses études de médecine, qu'il devait bientôt abandonner, mais dont il garda bon souvenir: « J'ai été autrefois, a-t-il dit, l'élève de la Faculté de médecine : c'est à elle que je dois l'esprit de philosophie, l'amour de l'exactitude et de la réalité physiologique, le peu de bonne méthode qui a pu passer dans mes écrits, même littéraires. » Après avoir été séduit par les idées saint-simoniennes, il s'intéressa aux luttes politiques et il fut quelque temps au National l'un des collaborateurs d'Armand Carrel. Puis il revint tout entier à la littérature. Il ne peut être question ici que du rôle de Sainte-Beuve dans la presse, où il fonda véritablement la critique littéraire moderne, dont il faisait volontiers, selon son mot, a l'histoire naturelle des esprits » . Le temps a grandi son oeuvre, ce monument élevé pierre par pierre, chaque lundi, en a fait apprécier plus, encore que par ses contempotains, peut-être, l'admirable solidité. De la Revue de Paris et de la lievue des Deux Mondes, il passa au Constitutionnel, et ses articles furent l'honneur de ce journal, où l'avait appelé le docteur Véron.

Monsolet, au sujet de cette collaboration, a conté une jolie histoire. Chaque semaine, Sainte-Beuve allait causer avec le docteur Véron de l'article projeté. C'était une habiiudc devenue aussi chère au critique qu'au directeur do Constitutionnel, extrêmement sensible à cette déférence d'un homme qui avait sur lui une telle sui)ériorit6 de culture. Ce» conversations étaient d'ailleurs pour Sainte-Beuve un moyen de se cr!ti(juer lui-même. Il arriva, cependant, que le Constilutionnel changea de

mains. Après quelques hésitations, Sainte-Beuve accepta les propositions du Moniteur, mais, pour ne pas être taxé d'ingratitude, ou simplement parce qu'il tenait à cette première épreuve de l'accueil fait à son article, il imagina ce biais. Tous les vendredis il se rendait, comme par le passé, chez le docteur Véron, dans son appartement de la rue de Rivoli. Il lui soumettait son manuscrit. De son côté, le docteur Véron continuait à lui faire ses observations. Ainsi, en lisant avant tout le monde des pages qui ne lui étaient plus destinées, cependant, pouvait-il toujours se croire le directeur du Constitutionnel. L'un et l'autre se prêtèrent, pendant assez longtemps, à cette fiction.

On s'est beaucoup occupé, en ces derniers temps, de l'homme, en Sainte-Beuve, à propos du Lii>re d'amour où, avec une indiscrète fatuité, il évoquait sa liaison avec M°" Victor Hugo '.(Ce livre, il est vrai, avait été imprimé, mais non publié.) Dans une étude infiniment spirituelle «ur cette question, les Péchés de Sainte-Beuve, M. Jules Le-maître a plaidé les circonstances atténuantes : « 11 faut ^l'abord considérer que les romantiques se confessaient et confessaient les autres avec une facilité! Ils n'avaient plus, évidemment, qu'une délicatesse un peu émoussée. Avant le Lit^rc d'amour, Musset publiait la Confession d'un Enfant du Siècle, et tout le monde savait que c'était le récit de son aventure avec George Sand. La littérature excusait tout. Ces gpossières indiscrétions ne tiraient plus à conséquence. Puis, on est toujours ingénu par quelque «ndroit. Sainte-Beuve, entre 1830 et 1845, désirait la gloire, et la seule vraie : celle dont on ne jouit pas, la gloire posthume. Une chose certaine et abondamment prouvée par les notes de Sainte-Beuve lui-même : il voyait dans le Livre d'amour une œuvre belle et originale, son <;hef-d'ceuvre en poésie. A vrai dire, je crois qu'il se trompait un peu... Donc, il pensait que le Livre d'amour le ferait connaître plus tard avec honneur comme poète (à quoi il attachait une extrême importance) et lui serait

1. Voir, à ce sujet, la notice consacrée h Alphonse Karr, qui, dans les Guêpes, appréciait durement l'idée nn^mc do ce recueil de poèmes, dont les allusions étaient transparentes.

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nne médiocre revanche des Pemées d'août. Je crois que c'a été là son plus puissant mobile. »

Le {>ossage ci-dessous d'un article de Sainte-Beuve, qui ne fait pas partie d'une série, est consacré aux danger» xies cénacles littéraires.

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