‹ Anthologie du journalisme du 17e si©·cle © nos joursChapitre 83 sur 171 · UN DEFI · texte numérisé non relu

UN DEFI

M. le ministre croit l'illégalité peu dangereuse quand elle ne blesse qu'un petit nombre de citoyens : il se trompe, et, malgré toute sa fierté, il pourrait bien éprouver qu'un seul homme, convaincu de sou droit et déterminé à le soutenir par tous les moyens que lui donnerait son courage , n'est pas facile à vaincre.

Pourquoi un de ces écrivains, devenu l'objet des haines du pouvoir, ne se rencontrerait-il pas, qui opposerait la force à la force et se dévouerait aux chances d'une lutte inégale ? Eh bien, il y en a, dans la presse périodique, de ces hommes qu'on ne provoque pas impunément et qui, certes, ne seraient pas emportés vivants, s'ils avaient juré de ne pas laisser violer en eux la majesté de la loi. Il est facile de faire tuer par cinquante hommes un seul homme qui résiste, mais croit-on que cela peut arriver deux fois sans péril pour l'ordre de choses actuel? Il faut ici relever la dignité de l'homme et du citoyen, si souvent insultée par l'indigne ministre du 13 mars. Il ne sera pas dit que ce régime pourra s'enrichir encore d'un arbitraire illimité qui s'intitulerait la jurisprudence du flagrant délit Un tel régime ne s'appellera pas, de notre consentement, la liberté de la presse, une usurpation si monstrueuse ne s'accomplira pas. Nous serions coupables de le souffrir, et il faut que ce ministère sache qu'un seul homme de cœur, ayant la loi pour lui, peut jouer, à chances

égales, sa vie contre celle, non seulement de sept à huit ministres, mais contre tous les intérêts, grands et petits, qui se seraient attachés imprudemment à ]a destinée d'un tel ministère. C'est peu que la vie d'un homme, tué furtivement au coin de la me dans une émeute, mais c'est beaucoup que la vie d'un homme d'honneur, qui serait massacré ohez lui par les soins de M. Perier, en résistant au nom de la loi. Que le ministère ose risquer cet enjeu, et, peutêtre, il ne gagnera pas la partie. Le mandat de dépôt, sous le prétexte de flagrant délit, ne peut être décerné légalement contre les écrivains de la presse périodique, et tout écrivain pénétré de sa dignité de citoyen opposera la loi à lillégalité, et la force à la force : c'est un devoir. Advienne que pourra!

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