‹ Anthologie du journalisme du 17e siecle a nos joursChapitre 110 sur 185 · LE DUC DE BRUNSWICK · texte numérisé non relu

LE DUC DE BRUNSWICK

De tous les vieux qui défilent ici, de toute cette légion des Vétérans de la Fatuité, voici peut-être le plus vide, mais, à coup sûr, le plus titré : c'est monseigneur le duc de Brunswick. Allons, présentez-lui les armes !

Haute caricature héraldique, sortie, pour la première fois, de VAlmanach de Gotha, ce livre d'or des races qui s'effacent, tout le monde le connaît à Paris, ce duc de Brunswick, né prince régnant, mais

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qui a fait un trou à la lune... de l'Histoire. Depuis quarante ans, ne le voit-on pas chaque soir, aux premières loges, à l'Opéra, à l'Opéra dont il semble une des plus fantoches cariatides?

Ce petit roi d'Yvetot allemand qui a fait le bonheur de son peuple en ne régnant pas, et le nôtre «n restant à Paris, est, comme on sait, un Esaû — moins les poils, maintenant — qui a vendu son droit de régner, — comme l'autre, le poilu, son <lroit d'aînesse pour un plat de lentilles...

Seulement, les lentilles étaient en diamaets...

Car ce prince-cocotte, à goûts de parvenu ou de fille entretenue, a la fringale des bijoux. Ce n'est pas un épicurien, mais un goinfre de pierres pré- -cieuses. Ce n'est pas le duc Joh, mais le duc Josse, orfèvre-né bien plus que prince, qui ne vend pas, et dont la boutique, le croiriez-vous jamais ? mais c'est historique!... est dans sa culotte.

Les boutons de son caleçon, qu'il montre parfois comme Mascarille montrait sa blessure, reçue à cette demi-lune, qui était parbleu bien une lune tout entière, les boutons de son caleçon font rêver les femmes et les dépravent. Fier de ses diamants eomme le paon, dont il a la tête, est fier de sa queue; fameux par cette joaillerie autant que Mlle Duverger, cette vitrine où le vieux DemidofF étale la sienne, le duc de Brunswick, hélas! pelé par une des plus complètes alopécies qui aient jamais passé, comme un simoun, sur la surface infortunée d'un pauvre homme, est encore fameux par ses perruques.

Il en a presque autant que Brummel avait de tabatières. Tête encyclopédique... en perruques, il en a de noires comme M. de Saint-Georges, de rousses comme MU* Cora Pearl, de bleues comme

le valet de carreau, de vertes comme une hamadryade, de lilas comme l'oreille de M. Sainte- Beuve quand il est en colère, d'aventurines et de couleur crapaud comme l'Institut; mais c'est la noire qu'il préfère et à laquelle il a dû, à ce qu'on dit, ses plus brillants succès.

Le duc de Brunswick est la tête de Turc des coiffeurs. Ils essayent sur cette tête leur force... Mais il n'est pas Turc que par la tête. Un procès scandaleux, que ce vieux dénaturé a eu dernièrement avec une de ses filles, vient d'ajouter à ces deux famosités ridicules une troisième famosité odieuse, celle-là, même pour un prince... Ce procès ignoble d'un chicaneau millionnaire qui chicane un morceau de pain à son enfant a prouvé que cet amateur de pierres, qui ne les mange pas comme Saturne, mais sans être meilleur pour cela, en avait une au milieu du coeur :

Qui n'était pas une escarboucle!

[La Veilleuse, 1869.)

ALBERIG SECOND

Il fut le chroniqueur d'une verve facile et abondante. Il était venu d'Angoulême pour faire son droit à Paris. Jules Janin, qui l'avait accueilli, lui avait procuré des leçons de français à donner à des étrangers, mais il ne pensait qu'à aborder ce qu'on appelait alors les petits journaux, auxquels les grands abandonnaient l'esprit et la gaieté. Il s'était faufilé à la Revue des théâtres, et il a raconté dans un aimable livre, le Tiroir aux souvenirs, comment, aux premières représentations, il se cachait de Jules Janin, qui l'avait détourné de la carrière littéraire.

Entré au Charivari, il fut présenté, par son collaborateur Laurent-Jan, à Balzac, et Albéric Second, qui avait une véritable dévotion pour l'auteur de la Comédie humaine, a souvent rappelé l'honneur qu'il eut d'être admis dans sa familiarité.

En 1848, le journaliste-vaudevilliste fut nommé souspréfet de Gastellane : en débarquant dans cette petite ville, il y trouva un autre sous-préfet, désigné, par suite d'une confusion, pour la même résidence et déjà installé. Ce fut une scène de comédie.

Albéric Second revint à Paris au bout de peu de temps et fut rédacteur en chef de VEntr'acte. Il collabora BLU Figaro, au Grand Journal, à V Evénement, semant dans tous les journaux littéraires sa fantaisie, publiant nombre de romans, les Demoiselles du Ronçay, A quoi tient l'amour, la Vicomtesse Alice, et faisant jouer des comédies et des vaudevilles.

Une invitation à Gompiègne lui avait inspiré des sentiments impérialistes qu'il crut devoir afficher après le 4 septembre 1870. Mais il n'était pas fait pour la politique et il revint à la chronique. Il avait connu plusieurs générations littéraires, et sa mémoire était fertile en anecdotes.

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