‹ Anthologie du journalisme du 17e siecle a nos joursChapitre 111 sur 185 · LES MARTYRES · texte numérisé non relu

LES MARTYRES

C'était à l'Opéra, Lcontine Beaugrand faisait sa •rentrée dans le ballet de Coppelia. Deux abonnés causaient pendant l'entr'acte, un vieux et un jeune. Mentor dit à Télémaque :

« Si vous avez soupçon de ce qu'il faut à une 5eune fille de courage, de patience, de résignation et de travail; ce qu'elle supporte de tortures, ce v^qu'elle dévore de larmes avant d'être une danseuse /•présentable, vous serez ému, parole d'honneur, vous serez ému, bien que votre génération n'adwiette et ne conçoive les émotions que sur les ^harpps de course et dans les salles de baccara.

'<( A une ép0q«e éloignée, — il n'avait pas encore ■neigé sur mes eheveux et sur ma moustache, — j'ai eu, comme tous les hommes de mon temps, une petite amie dans le corps de ballet. Que de fois elle on'a conté son histoire!

« A sept ans, chaque matin, à l'heure où, le plus •souvent, vous sortez de votre cercle, elle descendait des hauteurs de Montmartre, s'acheminant vers !e n« 4 de la rue Didier, où son professeur, le père Eari'ez, tenait sa classe. Rien de chaud sur le dos; aux pieds, des bottines percées, vêtue d'une pauvre robe faite plus souvent d'indienne que de mérinos. «• Qe brave homme de professeur avait une façon :>à lui' d'enseigner la pantomime, et une façon bien -curieuse, vous allez voir.

• « — Allons, mesdemoiselles, disait-il, un peu d'at- /•tention. Supposez que vous traversiez une forêt. sSoudain, vous apercevez un cadavre glacé. C'est > celui de l'auteur de vos jours. Quel geste faites- ^^ous? Et si c'est celui de monsieur votre oncle ou de monsieur votre parrain, quel geste? Vous com- ^jjjjrenez bien, n'est-ce pas, que le geste change selon

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