AU SALON
Un des agréments du métier, d'ailleurs très ingrat, de président de la République, est de n'avoir pas à chercher, dans la visite du Salon, quelles sont les bonnes toiles et quelles sont les mauvaises. On a, pour s'éclairer, pour placer son admiration à coup sûr, les membres du jury qui savent très bien où se trouvent les chefs-d'œuvre , puisque chacun d'eux a exposé. Il y a aussi la tradition officielle, le protocole des beaux-arts, qui vous poussent, presque automatiquement, devant les tableaux des membres de l'Institut et vous imposent, annuellement, quelques mots bien sentis pour M. Bouguereau, pour M. Jules Lefebvre, pour M. Gérôme, et, naturellement, pour M. Bonnat, tellement difficile dans le choix de ses modèles que, lorsqu'il n'a pas de chefs d'Etat à peindre, il fait des aigles.
Devant plus d'un de ces tableaux, on éprouve le sentiment de ce ministre, moins ingénu qu'il n'en avait l'air et qui, il y a quelques années, dans une visite analogue, demandait ce qu'il pourrait bien faire pour un des maîtres dont on venait de lui vanter les tableaux :
u Mais rien, lui répondit-on; il est grand-croix de la Légion d'honneur.
— C'est dommage ! fit le ministre. Je l'aurais volontiers nommé chevalier. »
On crut alors à une naïveté. Ce ministre du Danube disait pourtant plus juste qu'il ne pensait, et, dans celte énorme poussée de peintres, dans celte formidable armée à laquelle on ne peut toujours pas reprocher de manquer de cadres, on se demande ce qui est le plus encombrant, des jeunes sans aveulir, ou des vieux sans passé. Le nombre des peiu-,