‹ Anthologie du journalisme du 17e siecle a nos joursChapitre 157 sur 185 · ROBERT MITCHELL · texte numérisé non relu

ROBERT MITCHELL

Sans doute, oa le doit condamner; mais pendant quelques mois il fut heureux; il connut le bonheur complet, car il était ainsi fait, que son cœur défendait contre les regrets qui le devaient assiéger, les souvenirs qui le pouvaient attrister.

Il vivait dans son rêve, volontairement oublieux du devoir austère, et lorsque le malheur l'éveilla, il n'eut d'autre souci que de s'endormir de l'éternel sommeil.

Et devant cette tombe anonyme, où rien ne rappelle l'épopée boulangiste, on rêve à cette lutte éternelle du cœur et de la tête, de l'amour et de l'ambition.

Sans doute, les grands conquérants, ceux qui savaient s'élever au-dessus des lois de l'humanité, ont une destinée plus haute, mais leur part fut-elle plus belle?

Octave fait meilleure figure dans l'histoire du monde que Marc-Antoine, mais le sort de Marc- Antoine ne fut-il pas plus enviable?

Il sacrifia l'empire à la tendresse de Cléopâtre, et son âme s'envola toute pénétrée de celle qu'il avait tant aimée.

Hercule n'eût été qu'une brute héroïque s'il ne s'était sagement attardé aux pieds d'Omphale, et Samson trahi, vendu par sa maîtresse, regrettait !a vue qu'on lui avait ravie, parce qu'il ne pouvait plus contempler les traits adorés de Dalila.

L'homme le plus puissant peut toujours, à une heure donnée, perdre sa force et sa volonté devant le sourire d'une femme : c'est une loi de nature, dont la première application remonte au premier homme.

Adam, sollicité en sens contraire par la prière d'Eve et le commandement du créateur, se détourna du créateur.

Et c'est pourquoi nous ne devons pas nous mon-

trer sévère pour la mémoire de Boulanger, qui fut un impulsif et non un réfléchi.

En dépit de la saine morale, on peut laisser tomber un pleur sur la tombe de Georges et de Marguerite.

{Le Matin, 18 mars 1897.)

SEVERINE

■ Disciple de Jules Vallès et sa collaboratrice au Cri du Peuple, elle attesta, par la vigueur de ses polémiques, qu'une femme pouvait, dans la presse quotidienne, prendre une autorité dans Texercice de la profession de journaliste. Elle fut mêlée à des luttes politiques ardentes. Mais elle a surtout bataillé, et c'est ce qui caractérise son œuvre, pour les faibles, pour les humbles, pour les souffrants. Si elle a la virilité du style, elle s'est toujours souvenue, dans les nombreux journaux où elle a écrit, qu il appartient à la femme, dans la m^lée sociale, de représenter la pitié.

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