LA CAUSE DES FEMMES
J'aurais pu mettre la cause ^< féministe », mais je ne l'ai point voulu ; tant ce finale, cependant fort admis, fort à la mode aujourd'hui, me semble ajouter seulement un « istc « à tous les autres, un maillon à la chaîne d'essais, d'épreuves, d'écoles, dont le vieux monde tend enfin à se délivrer.
Que l'on me comprenne bien; et, s'il se peut, que les uns par légèreté, que les autres par malveillance, ne me fassent pas dire autre chose que ce -que j'entends dire, en toute franchise, — et eu toute liberté.
Ce n'est point parce que je ne suis pas « assez, avancée » que je ne me mêle pas davantage à l'actiou féminine présente : c'est parce que je le suis « tro,p »; c'est parce que les desiderata des agitatrices sont depuis longtemps dépassés par mon rêve, sur la grand'route de l'avenir.
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Alors que, réservé au seul usage des hommes, le suffrage universel, l'éligibilité, l'électorat, toute la vieille mécanique parlementaire n'excite en moi qu'une stupeur goguenarde, un dédain plutôt agressif, je ne vois pas trop en vertu de quel mira cle mon jugement varierait, envers les mêmes choses, parce que d'une différente application.
Tout croule en cet ordre d'idées; le respect est loin s'il file du même train qu'il est parti; la confiance lui court aux chausses. Etre député actuellement — si nul mérite particulier à l'individu ne rehausse la fonction — c'est être zéro... un zéro toujours suspect, souvent nuisible. Le mandat s'acquiert à l'ancienneté plus qu'en raison de la valeur intrinsèque. Le membre de la Chambre basse est généralement un conseiller municipal qui n'a pas eu d'histoires ; comme le membre de la Chambre haute est un député qui n'a pas eu d'embêtements. C'est une carrière assez bien rémunérée, qui commence à la réunion publique pour aboutir au speech présidentiel : « Mes chers collègues, c'est avec un profond regret que nous avons appris... capacités distinguées... perte vivement ressentie... consolation pour sa famille... unanimité du deuil... le pays et la République. »
Ainsi soit-il ! Des vieillards approuvent, du chef et du menton, dodelinant de la tête, mélancoliques surtout de l'imminence proche. Et ça en fait un de moins et un de plus. Les très riches échappent au soupçon de vénalité ; lesquels sont saufs de l'esprit d'intrigue, de l'ambition malfaisante, du besoin de domination à qui tout est sacrifié ? En est-il plus de dix, en est-il dix, de ces élus du peuple, que brûle une foi ardente ; prêts à l'effacement, au sacrifice, à l'abnégation de toute visée personnelle, pour le salut de tous et l'intérêt commun ?
Des honnêtes gens? Certes, il y en a, dans le
sens strict et étriqué du mot. Mais, de même que la foi qui n'agit point n'est pas une foi sincère, l'honnêteté qui se contente « d'être » n'est pas une vertu, c'est une habitude !
C'est donc en cela que les femmes veulent entrer? Sous l'arbre de science, Eve, son tour venu, réclame à Adam la moitié de la pomme... Seulement la pomme que tient Adam est pourrie, rongée au cœur par les parasites, piquetée et vermineuse!
Je n'ai pas le goût à ces dînettes-là. Et si le geste de partage est devenu nécessaire, par l'égoïsme et la férocité de l'homme, cueillons au moins à la branche Je fruit nouveau, sain et savoureux.
Voilà pourquoi je ne suis pas avec les politiciennes ; voilà pourquoi je suis de tout mon cœur, de toutes mes forces, avec les créatures sensées, intelligentes, pratiques, qui s'efforcent à améliorer économiquement le sort de la femme, à l'affranchir de ce que sa condition présente renferme de subalterne, d'inique et de dégradant.
Et c'est très à tort que M. Jules Bois, au cours de sa dernière chronique, me reprochait de ne point m'engager a dans cette héroïque bataille ». Le sentiment est louable, mais l'allégation est inexacte. Récent venu, de ne point me voir à son rang, il a conclu que je m'abstenais. La vérité e&t que j'y suis, dans la mêlée, depuis longtemps, — assez longtemps pour que les renforts ne me distinguent plus !
Oh! à ma façon, je m'empresse de l'ajouter; en isolée, en indépendante, peu désireuse de ne faire que changer de joug. Mais où qu'une de mes sœurs ait crié à l'aide, « victime de sou sexe », (llle-mère seule à porter le péché; épouse spoliée ou battue ; employée de commerce, d'administration, soumise à d'inhumains règlements ; ouvrière à tache égale.
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moins payée que le concurrent masculin, parce que femme; prostituée même, subissant la honle de sa faim, j'ai noté la plainte et remonté aux causes du mal, en faisant ressortir l'injustice de notre destin.
Que voulez-vous ? je crois à l'école des faits, et qu'ils sont les semailles des théories. Tant mieux si la moisson lève pour d'autres; et si d'autres engrangent, et si d'autres mangent le pain blanc 1 Mais qu'on ne vienne pas m'accuser d'indifférence, ni de fainéantise, alors que, ouvrière de la prime saison, j'ai fait ma tâche, sans rien attendre de la paye.
En sept ans de journalisme, je compte plus de deux cents articles, près de quatre volumes, sur le sort des femmes. N'est-ce donc rien?
Ah! j'ai blagué les politiciennes? Cela oui, — avec ferveur! Mais, encore, cela dépend lesquelles. Hubertine Auclerc, Paule Minck, madame Potonié- Pierre m'ont toujours paru des courageuses et des dévouées. Mais comment aurais-je pu prendre au sérieux les personnes « d'attaque », me votant, avec une touchante obstination, des ordres du jour de blâme, parce qu'ensuite d'une polémique je n'avais pas été moi-même sur le terrain (textuel), ou parce que j'avais été voir le pape ?
Celles-là ne pouvaient que faire rire... et j'en ai ri! Tandis que madame Sohmall, tandis que madame Cheliga-Lœvy, me font réfléchir, m'intéressent, voire me passionnent, par la logique et la continuité de leur effort. Dédaigneuses, craintives même de l'excentricité qui détourne les simples et effarouche les timides ; ne s'affublant pas en zouave; n'envoyant pas de cartel au pauvre monde; gardant la grâce féminine ef maternelle dont l'œuvre bénéficie, elles font de la belle et utile besogne. Personnellement, j'ai conscience d'y avoir collaboré; ■de ma plume et de mon exemple.
Exemple ne veut pas dire ici modèle, et les malius en seraient peur leur raillerie. J'emploie le mot au sens de preuve, dans très technique et très modeste acception.
Il signifie seulement qu'à force d'assiduité au travail, de persévérance invincible, je suis arrivée à faire admettre par le public, par le monde de la presse (guère tendre à la concurrence féminine), qu'une femme pouvait exercer ce rude métier de journaliste, s'y faire une place et en vivre honorablement.
Bien des jeunes cervelles, hélas! sous des frisettes blondes, sous des bandeaux bruns, ont été un peu tournées d'un succès qu'elles s'exagèrent; mais, tout de même, grâce au précédent, quand une petite femme tremblante arrive dans une rédaction, avec son article noué d'un fil, on ne juge sa collaboration ni si ridicule ni si impossible.
De cela, ma foi, je suis très fière, et estime que j'ai bien mérité du bas-bleuisme quotidien. C'est un préjugé de moins, et il en est tant à abattre !
Voilà pourquoi celles de mon sexe qui, sans aller contre le rôle tendre et miséricordieux que la nature nous a assigné, veulent conquérir le droit de vivre, hors du servage et de l'avilissement, ont toujours pu, peuvent toujours compter sur moi.
Quant aux Bradamantes à brûle-gueule... par où s'en va-t-on ?
{Echo de Paris, 11 février 1895.)
Le romancier des Rougon-Macquart fit de fréquentes incursions dans le journalisme.
Dans une lettre datée du 6 février 1865, écrite à son ami Antony Valabrègue, Emile Zola, alors employé à la librairie Hachette, racontait à son ami ses débuts dans la presse : « Je donne toutes les semaines un article de 100 à 150 lignes au Petit Journal, et, tous les quinze jours, un article de 500 à 600 lignes au Salut public de Lyon. Vous comprenez que je n'écris pas toute cette jirose pour les beaux yeux du public. On me paye l'article 20 francs au Petit Journal, et de 50 à 60 francs au Salut public, de sorte que je me fais environ 200 francs par mois avec ma plume. La question argent m'a un peu décidé dans tout ceci, mais je considère aussi le journalisme comme un levier si puissant que je ne suis pas fâché du tout de me produire à jour fixe devant un nombre considérable de lecteurs. C'est ce que vous expliquera mon entrée au Petit Journal. Je sais quel niveau cette feuille occupe dans la littérature, mais je sais aussi qu'elle donne à ses rédacteurs une popularité bien rapide. »
Bientôt après, il entrait à la Revue du XIX" Siècle et au I^igaro. Il s'y présentait en écrivant à Alph. Duchesne : « Je suis jeune et je l'avoue, j'ai foi en moi. Je sais que vous aimez à essayer les gens, à inventer des rédacteurs nouveaux. Essayez-moi, inventez-moi : vous aurez toujours la fleur du panier. »
Puis il collaborait kV Evénement, qui appartenait alors à Villemessant ; mais il souhaitait une situation fixe à la Tribune, où il avait été introduit par Eugène Pelletan. « Si la Tribune m'offrait cinq cents francs par mois, écrivait-il à Théodore Durct, je me dévouerais complètement au journal. ,, je consentirais à faire n'importe quoi pour trouver un port à la Tribune, même à l'édiger
les faits divers, à me rendre utile d'une façon ou d'une autre... »
La signature d'Emile Zola, après ses premiers succès, reparaissait en 1872 au Corsaire, où un de ses articles, le Lendemain de la crise, amena des mesures de rigueur contre ce journal.
Plus tard, il prenait le feuilleton dramatique du Voltaire.
En fait, il ne quitta jamais complètement le journalisme. En pleine renommée, il faisait au Figaro de rigoureuses campagnes. Auparavant, il n'était guère d'événement important sur lequel il n'eût donné son assentiment. Mais son article le plus retentissant est celui qu'il écrivit sous le titre « J'accuse » pendant l'affaire Dreyfus. Injurié et calomnié, à la suite de ces pages de combat, il répondit à ses détracteurs avec l'énergie que lui donnaient ses convictions et la sûreté de sa conscience.
Alors qu'il ne soutenait encore que des polémiques littéraires, il avait écrit un jour une page piquante intitulée Le C/a/;aM^, surles attaques qu'amène la notoriété.