‹ Anthologie du journalisme du 17e siecle a nos joursChapitre 174 sur 185 · AUTOUR DES BOIS · texte numérisé non relu

AUTOUR DES BOIS

Quoi de plus admirable, en ce moment, que les bois, tous les bois de France?

Ils sont la bénédiction de la terre et sa jeunesse éternelle; ils couvrent des pays entiers, enveloppent des villes, abritent des bourgs paisibles, dérobent des hameaux dont le clocher seul surgit,

escaladent les cimes, couronnent les coteaux, pendent comme des crinières emmêlées au flanc des collines, boivent la lumière , froidissent sous la lune et résonnent de musiques divines. Ils ont une âme de peuple. Les arbres prennent des formes humaines, font des gestes d'intelligence et d'amour. On dirait de grands frères solidaires et compatissants, qui versent leur ombre et leurs baumes pour la consolation des pauvres.

et Du plus loin que je vous vis, dit le chemineau exténué, j'ai tendu les bras vers vous, car je suis las, j'ai marché longtemps; et dormir sur votre cœur, bercé par votre chanson, doit être si doux! Non, vous ne voulez pas? Par- dessus les murs, des kilomètres de murs qui vous embastillent, les plus hautes branches accompagnent de saints ironiques votre injonction :

Domaine privé ! Le public n'entre pas ici. Quoi de plus généreux, de plus salubre, en ce moment, que les bois, tous les bois de France?

Quel air on y respire! Quelle haleine ils ont! La mer est dans les peupliers; les genévriers embaument; les bouleaux, les charmes et les hêtres, chaussés de mousse, sourient, élancés, dans leur robe nuptiale; les chênes, vieux parents pensifs, prodiguent l'exemple de la force et de l'ombre; les ormes vertueux tirent leurs rideaux, et la foule des sapins se presse, tiède et recueillie.

Oh , les chers bois , vivants et divers , tout ensemble taciturnes et bavards , confidentiels et sourds, altiers et tutélaires, solennels et intimes, cathédrale et petite église de campagne. Comme il ferait bon recevoir l'étreinte des futaies et les baisers furtifs des clairières!

« Pourquoi me tentez -vous, dit le promeneur solitaire, pourquoi êtes-vous là, au bord même de la route, bois pleins d'odeurs et de murmures? Ne

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