‹ Anthologie du journalisme du 17e siecle a nos joursChapitre 175 sur 185 · LUCIEN DES CAVES · texte numérisé non relu

LUCIEN DES CAVES

le vois-je pas, le solide treillis qui vous fait une cotte démailles? Simplifiée, économique, elle n'est pas moins rassurante pour les propriétaires qui regardent à la dépense d'un mur hérissé de culs de bouteille. Est-ce assez ingénieux, cette triple rangée de fils de fer garnis, tous les vingt centimètres, de pointes meurtrières ? Jolis bois, j'entends votre ordre de passer au large; vous avez <les couteaux à la ceinture! »

Quoi de plus indulgent que les bois, en ce moment, tous les bois de France?

Sont-ils frais, le matin, les palmes de leurs fougères ployant sous la rosée et leur front de feuilles miroitant ainsi qu'une eau immobile et suspendue! Sont-ils mystérieux le soir tombé, lorsque, confondus avec les maisons du village voisin, ils érigent des cités de repos massives, propagent le silence en bas et causent en haut avec les étoiles! Les milliards de vies qu'ils enferment! les lits qu'ils dressent! Pour qui?

« Pour nous, disent les amants. Vos sources cachées, nous en avons soif; vos baumes, nous en avons faim; vos alcôves, nous en sommes avides. Ces sentiers qui vous enrubannent et mènent Dieu sait où, nous ne demandons qu'à les suivre; ces . profondeurs obscures, nous voudrions nous y perdre; ces bruyères, nos corps les fouleraient avec ivresse... Faut-il donc nous contenter du souffle des sapins, évoquant, au passage, l'étable, la bonne litière, un calme sommeil de bêtes lasses. Hélas, oui! »

Défense de pénétrer dans ces bois sons peine d'amende.

Quoi de plus divertissant, en ce moment, que les bois, tous les bois de France?

L'herbe y est tendre : pour mieux vous caresser, mes enfants! Des ruisseaux courent sur les cail-

loux et sous les saules : pour mêler leur gazouillis au vôtre, mes enfants! L'écorce des arbres est noueuse et rude : pour vous aider à grimper, mes enfants! Les vieux troncs résineux répandent leurs gommes : pour votre goûter, mes enfants! Les halliers vous appellent : disputez aux ronces vos culottes, aux broussailles l'étoffe brune de vos jambes, le cuir de vos pieds nus!

« Parbleu! disent les enfants, si ce n'était que cela! »

Mais nous devons lire :

Il y a des pièges à loup de posés. Pourquoi pas des mitrailleuses !

Quoi de plus secourable, en ce moment, que les bois, tous les bois de France?

Ils meurent et renaissent pour le soulagement des malheureux. C'est pour eux, sans doute, ces brindilles, ces branches sèches, tout ce bois mort... On vient le ramasser des hameaux environnants. Comme il pétillera, l'hiver prochain, pour la fêle des yeux et le réveil du sang! Quelle saltarelle danseront dans l'âtre les flammes arrogantes! Risque-toi, rieuse, ne crains rien, pauvresse... Pas de clôture cette fois. Pas d'écriteau, pas de pièges... Enfin!..

u Je vous y prends, dit un garde qui survient. Ne savez-vous pas que cette chasse est réservée ? Je vous dresse procès-verbal. Comment voulezvous que l'on tue le gibier, si vous l'effrayez ? Je comprends que vous vous en foutiez , vous n'en mangez pas, mais on en mange au chTiteau. Et puis ce bois mort que vous vous appropriez, il appartient à mon maître, qui le vend ou se chauffe avec, à son gré... Ah! votre compte est bon. »

Quoi de plus engageant, en ce moment, que les bois de banlieue^ C'est la promenade et la joie du dimanche, la récompense du travail, la compensa-

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