‹ Anthologie du journalisme du 17e siecle a nos joursChapitre 176 sur 185 · LUCIEN DESCAVES · texte numérisé non relu

LUCIEN DESCAVES

tîon que se promettent les victimes de l'atelier, du magasin, de la fabrique, les petits ménages du faubourg, les familles nombreuses entassées, pour dormir, dans les logements où l'air et la lumière rivalisent d'économie. Le bois suburbain c'est l'illustration de la romance perpétuelle que chante en besognant l'ouvrière : le gazon, la fleur et l'oiseau, c'est l'oasis dans le désert des jours, l'eau fraîche bue au creux de la main, le nom gravé au cœur des arbres, les jeux de l'enfance réappris, la naïveté de l'âme populaire grisée de verdure et de brise, le bond joyeux de la bête détachée du piquet et traînant avec surprise sa longe...

Désolée... Mille regrets , dit l'administration. Mais ces bois, ces forêts, sont la propriété de l'Etat qui, seul, a le droit de les dévaster et de permettre des coupes. Est-ce dans l'intention d'établir un nouveau champ de courses? Représentez- vous une société privée de tir, ou bien cherchez-vous un emplacement propice à l'installation d'un stand militaire, auxquels cas nous n'aurions rien à vous refuser? Non? C'est donc uniquement la cause des promeneurs et des pauvres que vous plaidez?Mais les promeneurs et les pauvres ont les routes. N'estce pas suffisant?

Vous avez entendu, bonnes gens... Des bois, des forêts à leur lisière, une ombre marginale descend sur le chemin... On vous la prête, drapez-vous dedans et n'élevez plus de vaines plaintes, car, songez-y bien, ce bout de nappe verte aux franges tremblantes, qui secoue des miettes de fraîcheur, celte loque d'ombre, c'est encore par tolérance qu'on vous laisse en jouir. Mais on vous surveille...

Si vous alliez l'emporter!

(L'Aurore, 17 août 1898.)

JULES GLARETIE

Il nous souvient que nous fêtâmes, en 1912, le cinquantenaire du premiei' livre de Jules Claretie , Une Drôlesse. Il nous conta, en souriant, que ses débuts de romancier remontaient beaucoup plus loin, et qu'il avait publié un feuilleton dans un petit journal alors qu'il était encore au lycée. On sait quelle fut son activité^ qui se manifesta par une abondante production. Il avait jeté ses premiers feux dans des feuilles satiriques ou littéraires du second Empire, le Biogène, la Silhouetie, etc., puis , introduit au Figaro bihebdomadaire , il chroniqua partout. La notoriété lui venait. Il collaborait à la France, à la Presse, à Y Illustration, à V Opinion natio-' nale. Il avait été un des premiers correspondants de guerre, et, en cette qualité, il avait suivi la campagne d'Italie. Hélas ! en 1870, c'est le commencement d'une autre campagne qu'il devait suivre , et il ne devait jamais oublier les heures douloureuses qu'il conta avec émotion.

Il écrivait livres sur livres, passant du roman à l'histoire, et plus de cent volumes attestent son universelle curiosité. Ses premières pages d'histoire avaient été une évocation de la violente répression qui suivit les protestations contre le coup d'Etat de 1851, et il avait fait se lever de sa tombe le fantôme tragique de Martin Bidouré, fusillé deux fois.

Il devait être au Temps, avec sa Vie à Paris, pendant longtemps, l'annaliste de l'histoire contemporaine, et ses recueils d'articles forment une mine de documents. Il fut, de 1885 à 1914, administrateur général de la Comédie-Française.

Dans une page peu connue, Jules Claretie a parlé de lui :

« Lorsque, à mes débuts, j'allai voir Jules Janin, il me dit : « Mon enfant, il faut songer à avoir un bel

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