AUGUSTE NEFFTZER
Ce fut un écrivain d'une haute probité et d'un caractère élevé. Venu à Paris après avoir rédigé à Strasbourgle Courrier' du Bas-Rhin, il fut bientôt un des principaux rédacteurs de la Presse. « C'est lui, a écrit Eugène Spuller, qui, après le coup d'Etat, et sous le couteau toujours levé des avertissements décrétés par la dictature impériale, s'était chargé de dire tous les jours un mot sur tous les événements au dedans comme au dehors de nos frontières; c'est lui qui a inventé le Bulletin qui, pendant l'Empire, a figuré entête de nos journaux. » Malgré les difficultés d'alors, il attestait son attachement aux idées de justice et de liberté.
En 1861, pour rester maître de sa ligne, comme il l'était de sa pensée politique, il fonda un journal qui reprenait un ancien titre, le Temps. Il devait, avec Edmond Schérer et Adrien Hébrard, en faire une puissance. « Son programme, disait NeCftzer, c'est le large programme de l'esprit moderne. »
En 1863, il refusa la candidature aux élections, a II institua même une polémique en règle pour démontrer que la vraie place des journalistes était dans les bureaux de leur feuille, avec leurs collaborateurs, et non pas au Palais-Bourbon, sur les bancs de la Chambre. Il croyait à l'utilité, à l'efficacité de la tâche dont il s'acquittait tous les jours, il considérait que les journaux faisaient œuvre d'éducation politique, et cette œuvre lui paraissait assez grande, assez noble pour remplir la vie d'un honnête homme et assurer la paix de sa conscience. Oette opinion n'était pas d'un esprit médiocre. »
Le polémiste, en 1851, avait eu une idée ingénieuse; il avait réuni des fragments d'anciens écrits et de discours idu prince Louis-Napoléon et les avait donnés comme une jaroclamation du président, alors même que celui-ci, en
flagrante contradiction avec ses opinions d'autrefois, inaugurait le pouvoir personnel.
A côté de l'écrivain politique, il y avait en Nefftzer un érudit, qui donna de nombreux travaux philosophiques.
Il abandonna, en 1871, la direction du Temps, où il fut remplacé par Adrien Hébrard, qui fut, par sa finesse et son esprit, une des figures les plus caractéristiques de la presse et un merveilleux inspirateur.
En 1867, Nefftzer n'avait que trop justement prévu les ambitions de l'Allemagne.