AUGUSTE NEFFTZER
lînaient à ne pas voir. Personne ne soutiendra plus maintenant qu'il s'agisse uniquement de la Prusse plus ou moins bien délimitée. La prétendue frontière du Mein ne figure plus, même par la plus lointaine réserve, dans le discours de M, de Bismarck. L'union du Sud et du Nord est signalée comme le résultat sûr et immédiat de la première session "du parlement du Nord. Et s'il ne s'agissait encore que de cela! Mais oii M. de Bismarck prend-il ses attaches? D'oîi part-il ? Vers quel passé remontet-il, apparemment, pour le montrer au patriotisme allemand comme l'idéal de l'avenir? Il remonte, par delà les HohenstaufFen jusqu'aux Othon; il remonte à cette première période du moyen âge où, la France n'étant encore que l'Ile-de-France, l'empire allemand était incontestablement, et de beaucoup, la première puissance de l'Occident. Cet empire tenait alors la Lorraine, l'Alsace, la Franche- Comté, Lyon et la moitié de la Provence. Certes, nous ne supposons pas à M. de Bismarck la folle illusion de croire possible la restauration de ces grandeurs depuis si longtemps éclipsées. Mais cette évocation de l'ancien empire germanique n'en a pas moins quelque chose d'inquiétant pour tous les Etats limitrophes qui se sont formés en rognant quelque peu sur l'ancien colosse. Les Allemands seront enchantés, car il n'est pas de peuple plus ambitieux, et nous ne doutons pas que le rappel de l'antique splendeur n'achève de mettre en déroute ceux dont les scrupules avaient survécu aux gloires de Sado^va. Mais, quant a la France, il est clair qu'elle doit suivre l'épanouissement germanique d'un regard de plus en plus attentif.
[Le Temps, 8 mars 1867.)
... « Dans les luttes de la politique et dans les polémiques de presse, tous ayez été un des derniers de la vieille école à croire qu'il fallait y apporter de la loyauté, de la courtoisie, quelque respect des adversaires, et qu'on pouvait se saluer avant d'engager le combat, à la Tieille mode de France. »
Ainsi écrivait Henry Fouquier, s'adressant, dans un article qui faisait de mélancoliques rapprochements entre le passé et le présent, à l'ombre d'Anatole de la Forge, quand le conseil municipal décida, en 190O, d'apposer une plaque sur la maison natale de l'homme qui avait été orateur, écrivain, diplomate et soldat. Et Henry Fouquier parlait de sa vie remplie de belles illusions. « Même vivant encore, en votre vieillesse attristée et qui a fini par un suicide de stoïcien, vous étiez déjà d'un autre âge que votre âge. Il y a ainsi des hommes qui ont cette fortune, à la fois bonne et mauvaise, de ne pas être leurs propres contemporains. » Cet article attestait quelque désabusement sur le temps qui succédait à celui où Anatole de la Forge, gardant l'empreinte de 1848, avait attesté sa foi dans toutes les belles causes.
Il avait été, sous l'Empire, un des collaborateurs du Siècle, y soutenant, malgré les difficultés de l'expression de la pensée, les idées démocratiques, se faisant le champion des peuples qui aspiraient à leur indépendance, et il fut, notamment, l'ami du patriote italien Daniel Manin.
Le gouvernement de la Défense nationale le nomma préfet de l'Aisne, et il conquit une grande popularité en organisant la défense de Saint-Quentin avec des volontaires qu'il avait enflammés de son patriotisme. L'importance de cette défense fut contestée : il n'en était pas moins vrai que Saint-Quentin avait donné l'exemple de la résistance à l'ennemi d'une ville ouverte. Pendant
cette action, Anatole de la Forge fut blessé au pied. « II n'a jamais tant boité de sa blessure que depuis qu'il en est guéri, » disaient certains railleurs. Il avait toutefois apporté l'éclair d'une espérance, le réconfort d'une illusion dans l'histoire de la campagne de 1870-71.
Gambetta l'envoya comme représentant du pouvoir civil au camp de^^Bordeaux, puis, comme préfet, dans les Basses-Pyrénées. Après une période de retraite, il fut nommé direoteur de la presse au ministère de l'Intérieur, puis élu député en 1881 et aux législatures suivantes. Il se prononça, malgré la Ligue des Patriotes dont il était président, contre le général Boulanger, et rompit avec cette association, détournée de son but.
Son expérience faisait de lui un arbitre dans les affaires d'honneur. Homme d'épée, il avait été blessé, cependant, dans un duel avec Vermorel, adversaire myope et maladroit.
Las de la vie, il mit volontairement fin à ses jours.
En 1860, il avait été un des champions de lunité italienne, et il répondait à certaines objections d'Eugène Pelletan :