Voir la notice consacrée à Alph. Peyrat
3. Ernest Picard, par Maurice Reclus, 1912. Ernest Picard ^protesta de nouveau contre le régime de la presse dans les séances du 12 février et du 24 avril 1863.
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Mais les e«prits fermentent; le besoin de protester inspire quelques articles véhéments, dont les auteurs sont aussitôt poursuivis. Ils ont eu, toutefois, leur action, et tant que le gouvernement défende son point de vue, tant qu'il use des armes qu'il a contre la presse, Theure viendra où il ne pourra plus maintenir tous les droits qu'il s'est arrogés.
En janvier 1867, l'empereur annonce une nouvelle loi sur la presse. Cette loi, datant de mai 1868, snpprime Tautorisatioa préalable pour faire paraître un journal, réduit le droit de timbre et défère les délits de presse aux tribunaux correctionnels. Elle laisse subsister l'obligation du cautionnement, à laquelle ne sont pas tenus les journaux littéraires, qui sont nombreux, ont le plus souvent des tendances satiriques, mais, à l'exception de quelques-uns d'entre eux, n'ont généralement qu'une existence éphémère. Cette « petite presse » spirituelle et batailleuse, courant tous les risques, joue un rôle de plus en plus important sous l'Empire. Il en sera parlé au cours des notices de celte anthologie. On ne saurait donner ici qu'un large tableau d'ensemble.
Les poursuites ne se ralentissent guère, cependant. Les journaux qui se fondent à Paris et dans les départements en font l'épreuve. Tel journal nouveau, comme V Electeur, est poursuivi dès son premier numéro pour un article de Jules Ferry, Bientôt, l'opposition s'affirme. Si dans le Journal de Paris Edouard Hervé et J.-J. Weiss criblent « de leurs flèches élincelantes » le régime, c'est bientôt avec une extrême vigueur la lutte directe contre l'Empire, entamée et continuée en dépit des condamnations les plus rigoureuses. Ce n'est plus le sourd frémissement qui a agité le pays : c'est, au nom d'un parti qui devient de plus en plus considérable, la guerre ouverte. (Ou a pu dire justement
que ce fut une « explosion ».) L'Empire, qui a fondé des journaux pour répondre à ceux qui sont nés (le Public, d'Ernest Driolle, le Peuple français, de Clément Duvernois, transfuge du parti républicaini), répond par des mesures violentes, et ses tribunaux ne cessent d'infliger amendes et emprisonnements.
Le samedi 23 mai 1868 avait paru le premier numéro de la Lanterne, de Henri Rochefort. La raillerie, cette arme redoutable, n'attesta jamais autant sa force. Ce pamphlet devait être un des plus actifs instruments de combat. « De même, écrivait Rochefort vingt ans plus tard, qu'il se forme sous les régimes despotiques des courants de servilisme et de platitude, il s'y crée aussi des courants d'indépendance et de révolte. La Lanterne a surgi tout à coup pour les centraliser tous. Nous avions alors des Dangeau qui mentionnaient avec toutes sortes de génuflexions et de convexités les moindres actes de l'homme de décembre. Je me suis fait le Dangeau de ses folies et de ses méfaits, que je me suis contenté de relater fidèlement, presque jour par jour... Le véritable auteur de la Lanterne, ce n'est pas moi : c'est l'Empire. » Le succès, comme on sait, fut immense. La Lanterne, dont le troisième numéro avait été saisi, et qui valut bientôt à son auteur une condamnation à 13 mois de prison et 10.000 francs d'amende, continua sa publication en Belgique.
D'autres publications batailleuses naquirent, la Cloche, de Louis Ulbach, le Diable à quatre, d'Edouard Lockroy et Alphonse Duchesne. En apparence non politiques, mais agressives pendant le
1. Le jvouvernement s'entendra, ati moment des élections do 1869, avec le Petit Journal, en raison de son grand tirage d'alors. Le journal de Millaud ne fera pas de polémique, mais une propagande peu voilée.
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temps qu'il leur était donné de vivre, d'autres feuilles ne dissimulaient pas leurs opinions : la Rue, de Jules Vallès; le Corsaire, où se rencontraient Jules Lermina, Etienne Arago, Carjat, Alexis Bouvier, Tony Révillon, E.-A. Spoll, Louis et Victor Noir, Jules Claretie; la Lune, V Eclipse, avec André Gill et F. Régamey comme dessinateurs, Ernest d'Hervilly, Eugène Vermesch, Léon Bienvenu, Paul Mahalin comme rédacteurs; la Rii>>e gauche, où Rogeard publia ses Propos de Labiénus ; le Faubourg, de Gustave Maroteau; Candide, etc. Il y avait une légion de combattants aux forces fraîches, sévères même parfois aux vieux républicains qui avaient agi, autant qu'il leur était permis de le faire, dans les temps les plus durs.
A côté de ces francs-tireurs apparaissaient le Réveil de Ch. Delescluze, qui disait que le dégoût était venu, qu'il n'était pas vrai que la France ne regrettât pas sa liberté, qu'elle était prête à secouer des liens honteux, et le Rappel, fondé sous les auspices de Victor Hugo, avec Auguste Vacquerie, Paul Meurice, Rochefort, Lockroy, Félix Pyat, Ernest Blura. « Ce journal, disait, de Guernesey, le poète des Châtiments, sera tantôt épée et tantôt rayon. » Rochefort, député de Paris, créa la Marseillaise, avec, comme collaborateurs, Gustave Flourcns, Victor Noir, Arthur Arnould, Edmond Bazire, Paschal Groussct, Minière, Alph, Ilunibert, etc.
Suivre les ardentes polémiques des journaux serait faire l'histoire des deux dernières années de l'Empire. La lutte était engagée par la presse la plus avancée contre un gouvernement qui, malgré ses promesses de libéralisme, ne cessait de sévir. Des procès étaient constamment intentés aux journaux, que défendaient Gambetta, Crémieux, Clément Laurier, Leblond et d'autres avocats mêlés au grand mouvement d'une opposition qui avait pris
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de nouTelles formes. Leurs plaidoiries, notamment dans l'afraire de la souscription ouverte par Aipii. Peyrat, Ch. Delescluze, Henri Brisson, Chaliemel- Lacour, H. Quentin pour élever un monument au représentant du peuple Baudin, tué sur une barricade le 2 décembre, étaient de véritables réquisitoires contre le rég^ime impérial. La prison de Sainte-Pélagie ne pouvait plus contenir tous les détenus politiques. Des perquisitions étaient opérées au Siècle, au Rappel, ara Réveil, dont plusieurs rédacteurs étaient arrêtés. Des organes de combat devaient suspendre leur publication devant le refus des imprimeurs, menacés de lourdes responsabilités. Les rigueurs n'étaient pas moindres pour les journaux des départements.
L'Empire se faisait soutenir par ses vieux journaux, dont le Pays, avec Paul de Cassagnac, qui avait le verbe haut, et il en créait de nouveaux, qui, malgré les sacrifices consentis pour leur donner une grande publicité, ne pouvaient contre-balaneer l'influence des autres.
A cette époque, les journaux qui n'étaient pas essentiellement politiques se transformaient, faisaient une grande part aux informations et à la chronique, comme le Figaro et le Gaulois. Le « reportage » naissait et se développait; un premier essai de journal à huit pages était tenté avec l'Histoire, de G. Silva.
L'affaire du meurtre de Victor Noir par le prince Pierre Bonaparte mit le feu aux poudres. « Voilà dixhuit ans, écrivait Ptochefort dans la Marseillaise, que la France est entre les mains de ces coupejarrets qui, non contents de mitrailler les républicains dans les rues, les attirent dans des pièges immondes pour les égorger à domicile. Peuple français, est-ce que décidément tu ne trouTes pas qu'en voilà assez? » Tous les journaux républicains^
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de la Réforme, du fougueux Vermorel, à la Cloche devenue quotidienne, de Louis Ulbach, qui, pour une des premières fois, donnait un dessin, représentant le crime d'Auteuil, parurent encadrés de noir. Des arrestations, dont celle de Rochefort, suivirent ces protestations et ces menaces contre l'Empire; ce fut une période d'extrême agitation, d'émeutes, et, eu province, de grèves. Au demeurant, si l'empereur avait appelé Emile Ollivier au pouvoir, il existait une droite bonapartiste qui lui était hostile.
Puis ce fut le plébiscite : en face du manifeste des adversaires de l'Empire, signé de Delescluze, Duportal, Louis Jourdan, Lavertujon, A. Peyrat, P. Lefranc, Louis Ulbach, Eugène Téron, au nom de la presse démocratique de Paris et des départements, le comité de propagande comprenait neuf directeurs de journaux : E. de Girardin, Gibiat, Francis Aubert, de Saint-Valry, Gregory Ganesco, Clément Duvernois, Ernest DréoUes, Cucheval- Clarigny.
Le dernier acte politique de l'Empire, avant la guerre de 1870, devaitêtre le procès de Blois où comparaissaient, devant la Haute-Cour, soixante-douze accusés d'un complot contre la sûreté deTEtat. Les événements, en se précipitant, allaient rendre les condamnations prononcées illusoires.