ARMAND BERTIN
Il était le second fils, du fondateur du Journal des Débats, qu'il dirigea lui-même de 1841 à 1854, avec la dignité et la clairvoyance dont il avait hérité de son père. Il en accrut l'importance et l'autorité. C'était un esprit ouvert et libéral. Il était fort attaché au régime constitutionnel, et il eut une tâche difficile quand l'Empire eut supprimé toutes les libertés. Il avait, après le coup d'Etat de 1851, publié une lettre de protestation du comte Mole, et le journal était étroitement surveillé par le pouvoir. Sa politique devait être une politique expectante, contrainte à la prudence, cette attitude dût-elle paraître pénible. « Chercher, sous les divers régimes que se donne ou que subit la France, la conciliation des principes qu'une nation ne peut oublier sans se perdre ou s'avilir. » C'était l'idée maîtresse à laquelle il demeurait fidèle. Il étendait, dans les Débats, la part des questions de littérature, d'art et de science, traitées par une élite d'écrivains.
« Ce n'était point une sinécure que la direction des Débats dans les mains d'Armand Bertin, a écrit M. J. d'Arçay. Bien que la politique y fût encore traitée par les anciens, par des hommes qui s'appelaient de Sacy, Saint- Marc Girardin, etc., il n'était jamais étranger à l'inspiration, et il ne signait jamais son journal sans l'avoir lu depuis la première ligne jusqu'à la dernière. Il dirigeait, en pilote expérimenté, sa barque au milieu des récifs dont il n'ignorait pas les dangers... Résigné en apparence, il se dédommageait dans quelques salons par une petite guerre d'épigrammes contre l'Empire. »
Dans les Débats, l'article qui annonçait sa mort fut écrit par John Lemoinne'.
On verra, par les lignes qui vont suivre, avec quelle
1. Voir sur Armand Berlin, le Livre du Centenaire du Jour-» nal des Débats.