‹ Anthologie du journalisme du 17e siecle a nos joursChapitre 45 sur 185 · J,-J. WEISS · texte numérisé non relu

J,-J. WEISS

nots, soit un argent mal dépensé. Y a-t-il dans l'administration des théâtres subventionnés quelque vice ? Dénoncez-le, corrigez-le. Mais ne nous opposez pas la théorie que le subside alloué à ces deux théâtres serait mieux employé à accroître les fonds des chemins vicinaux ou des écoles primaires. Racine, Corneille, Molière, Voltaire, Marie-Joseph Chénier, Méhul, Gluck et Meyerbeer, bien joués et bien rendus, compensent largement pour l'éducation nationale quelques collèges ou quelques écoles de moins. Il ne nous serait pas malaisé non plus de démontrer qu'ils compensent, pour le développement de la prospérité publique, quelques chemins vicinaux ou même quelques routes départementales, entretenus d'une façon insuffisante. Nous ne sommes pas non plus touchés de cette raison que les théâtres établis à Paris devraient recevoir leurs subsides uniquement de la Ville de Paris. Si M. le préfet de la Seine nous traite un peu trop aisément de nomades, nous autres habitants, bourgeois et enfants de Paris, nous ne saurions pourtant accepter non plus la doctrine directement contraire, que Paris n'est pas autre chose que le chef-lieu du département de la Seine. Il y a deux manières opposées, mais équivalentes, d'abaisser Paris : c'est d'en faire exclusivement, comme M. Haussmann, l'auberge de la province et de l'étranger, et c'est de prétendre le traiter comme une ville différente de Puteaux ou d'Uzerches seulement par l'étendue, et qu'on peut abstraire absolument, soit par la pensée, soit par les fictions de la loi, du reste de l'univers. Paris a été longtemps, et, n'en déplaise à M. Haussmann, il restera longtemps encore une ville sui generis, ayant son tempérament, son allure, ses qualités, ses défauts et ses préjugés particuliers. Mais Paris est aussi, n'en déplaise aux honorables députés qui voudraient le charger seul des

dépenses de tous les théâtres quelconques, la capitale et le résumé de la France; on peut ajouter, sans aucune présomption, la capitale, depuis un siècle et demi et plus, de l'Europe. Le théâtre du Palais-Royal et celui des Variétés sont des théâtres parisiens. La Comédie-Française, l'Opéra, l'Opéra- Comique sont des théâtres nationaux. II n'y a rien de national au monde, il n'y a plus de nation française, si l'on refuse d'attribuer le caractère d'une institution française et nationale aux scènes qui nous ont donné le Cid, Phèdre, Mérope, Tibère, le Misanthrope, les Surprises de Vamour, le Barbier de Séviile, les Danaïdes, Euphrosine et Conradin, Jean de Paris, la Dame blanche, le Pré-aux-Clercs, le Caïd, Richard Cœur de lion, Robert le Diable et la Muette.

J.-J. Weiss répond à ceux qui veulent faire des économies aux dépens de l'éducation publique, et qui objectent la nécessité de créer des canaux, des cbemins de fer et des routes, et il conclut ainsi :

Ne faites pas d'expéditions au Mexique, ne laissez pas se former de Prusse à vos portes, n'allez pas en Syrie pour l'unique satisfaction d'en revenir comme vous y êtes allés : vous trouverez argent comme temps pour tout.

[Journal de Paris, 21 juillet 1867.)

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