EDOUARD HERVE
On a dit d'Edouard Hervé que son renom de grand journaliste et son fauteuil à l'Acadéinie compensaient mal, pour son âme ardente sous des dehors froids, le regret de n'avoir pu être l'homme d'action qu'il sentait exister en lui. On lui avait offert des places et des fonctions, alors qu'il voulait jouer un rôle,
Tsé à la Réunion, il était entré à l'Ecole normale, dont il était sorti un des premiers. Ses opinions ne semblaient pas alors le porter vers le parti orléaniste. Ce fut au Courrier du Dimanche que ce lettré se fit connaître comme un journaliste d'un talent très personnel. Lui aussi il y combattait la dictature impériale.
En 1867, il fonda avec J.-J. Weiss le Journal de Paris, organe d'opposition libérale, qui réunissait des hommes venus de différents partis, monarchistes, constitutionnels ou républicains, comme Spuller et Ranc, tous adversaires du pouvoir personnel. Edouard Hervé montra dans ses articles, vigoureux et éloquents, une perspicacité qui ne devait être que trop prouvée par les événements. Il prévoyait la guerre entre la France et la Prusse. « Et il est à craindre, disait-il, que la paix qui la terminera ne soit une paix boiteuse, moins propre à vider définitivement le différend de deux peuples qu'à préparer à l'Europe de nouveaux troubles et de nouvelles perplexités. »
« A ses yeux, a dit M. Paul Deschanel, qui lui succéda à l'Académie, la presse devait être une presse nationale, comme la diplomatie, comme l'armée, comme le crédit. »
En 1873, il créa le Soleil, journal, cette fois, complètement monarchiste, et où, tant que l'existence môme de la République fut enjeu, il sembla oublier ses anciennes idées libérales, poussant à l'action les adversaires du régime, et non sans véhémence. Il devait revenir, après plusieurs échecs électoraux, à un ton plus apaisé et à.