LES OPINIONS DE M. ROUHER
Quand on veut savoir ce qui se passe à Paris, il faut lire ce qui s'imprime à Bruxelles. A propos •de la dernière note du Moniteur et du discours de M. Rouher, V Indépendance nous donne ce détail :
« Le discours de M. le ministre d'Etat était belliqueux. Le texte donné au Moniteur a été modifié pendant la nuit pour le rendre conforme au document émané du souverain. »
Ce que cette note nous révèle de curieux, c'est la position de M. Rouher. Cet orateur s'endort «onvaiucu qu'il a été belliqueux ; à son réveil il lit le Moniteur, et il s'aperçoit qu'il s'est montré on ne peut plus pacifique. J'imagine qu'il éprouve quelque surprise. Les conviés qui l'ont entendu la veille parler entre la poire et le fromage doivent •se demander, de leur côté, s'il faut attribuer ses' velléités guerrières soit à la poire, soit au fromage.
Sa haute position oblige M. Rouher à avoir des opinions pour toutes les circonstances. D'abord il «n a une qu'il énonce, puis une autre qu'il imprime. Ensuite il en a une pour aller dans le monde; une pour se mettre à table; une pour rester chez lui. Toutes ces opinions sont agréablement nuancées. C'est une vraie garde-robe. Il me semble que j'entends le ministre appeler son valet de chambre :
« Jean! donnez-moi ma culotte courte, et le frac noir et une opinion bleue; ça tranchera. »
A moins, toutefois, qu'il ne se trompe :
« Jean! donnez-moi mon frac bleu et mon opinion doublée de satin ! »
Nous avions le luxe des appartements, le luxe des voitures, le luxe des chevaux. Nous avons aujourd'hui le luxe des opinions. L'homme qui n'a