‹ Anthologie du journalisme du 17e siecle a nos joursChapitre 61 sur 185 · BAUDIN · texte numérisé non relu

BAUDIN

Naguère encore, on n'osait pas rappeler la date funèbre de décembre, et les vainqueurs de ces tristes jours s'étaient habitués à la protection de Toubli. Aujourd'hui, les révélations se succèdent sans relâche; l'enquête se poursuit, impartiale et fidèle, €t bientôt il n'y aura pas d'homme en France qui ne sache que la République est tombée victime d'un attentat que l'histoire a déjà jugé.

Ce n'était pas assez : une fois entrée dans la vérification du passé, l'opinion ne pouvait plus se «ontenter de satisfactions équivoques. Baudin avait été frappé sur la barricade du faubourg Antoine, alors qu'il représentait le droit, et sa mémoire va surgir honorée par tous les cœurs honnêtes. Paris veut célébrer cette illustre victime, et comprend ^ans ses pieux souvenirs et Denis Dussoubs, cet autre {glorieux martyr de décembre, et tous les généreux inconnus tombés victimes de leur patriotisme, dans la capitale comme dans les départements. A la journée mémorable du 2 novembre, Paris acquittera sa dette et la dette de la France. Puis, pour conserver le souvenir de cette réparalion si tardive, hélas ! et si méritée, une souscription s'ouvre pour élever un monument à Baudin. On sait le reste... La France entière a répondu ■empressée à l'appel de la presse, et les adhésions des partis les plus opposés ont témoigné que, cette

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fois encore, et quoi qu'on en ait dit, la direction de l'opinion générale appartient à l'initiative démocratique.

L'Olympe gouvernemental s'était senti touché dans ses œuvres vives, et c'est alors que commencèrent les interminables poursuites dans lesquelles le Réveil ne fut pas oublié, et sans prendre au pied de la lettre les exagérations de l'accusation, si honorables qu'elles soient pour nous, il nous sera permis de dire qu'il n'était pas indigne de figurer sur la liste des journaux qui attirèrent sur eux les foudres du parquet. C'était chose grave, assurément, d'amener à la barre de la police correctionnelle, sous une prévention commune, des journaux représentant les nuances les plus diverses de l'opinion, depuis le libéralisme monarchique jusqu'à la démocratie la plus accentuée, et si le gouvernement a cru faire en cette circonstance un coup de maître, il s'est lourdement trompé. Montrer à la France et à l'étranger que tous les partis opposants pensaient comme la démocratie sur le coup d'Etat de décembre et, comme elle, saluaient ses morts, c'est une imprudence, et le Pouvoir ne l'ignore plus aujourd'hui. Il aura, à la vérité, le facile plaisir de voir les rédacteurs en chef du Réveil et du Peuple, de Marseille, passer en prison, le premier six mois, le second trois, l'un et l'autre avec interdiction des droits civiques et politiques pendant un temps égal; mais cette satisfaction est-elle de nature à compenser le tort qu'il s'est fait et qu'il a si fort aggravé par son incomparable maladresse du 3 décembre?

Nous serons généreux et nous n'irons pas nous acharner sur sa défaite. L'armée — l'assurance nous en vient de tous côtes — n'est pas à beaucoup près aussi indulgente pour les inspirateurs de cette malencontreuse campagne; elle ne leur

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