‹ Anthologie du journalisme du 17e siecle a nos joursChapitre 62 sur 185 · ANTHOLOGIE DU JOUR^'ALISMB · texte numérisé non relu

ANTHOLOGIE DU JOUR^'ALISMB

pardonnera pas de longtemps le rôle qu'ils lui ont fait jouer. Mais passons, nous n'avons pas à nous immiscer à ces querelles de ménage. Il nous suffit <îe constater la déconvenue du gouvernement, que nous pourrons appeler le Waterloo de la police impériale...

[Le Réveil, 24 décembre 1868.)

Avant de trouver sa voie, Villemessant avait fait beau» coup de métiers et tenté beaucoup d'entreprises, et, avant de mettre la main sur le Figaro, il avait lancé nombre de publications qui devaient être épbémères.

Ce fut le Figaro qui fit sa notoriété et sa fortune. Il en avait ressuscité le titre en 1854, et c'était alors un journal hebdomadaire. Il en était l'actif inspirateur, ayant le sens aiguisé de l'actualité, le goût de la fantaisie, l'instinct de ce qu'attendait le public. Il avait réuni autour de lui une pléiade d'écrivains spirituels, Henri Rochefort, Auguste Yillemot, J. Noriac, Albéric Second, Roqueplan, Monselet, Aurélien Scholl, Alfred Delvau. Le Figaro devint bi-hebdomadaire et compta parmi ses collaborateurs Jules Glaretie, Albert Wolff, Ch. Bataille, Barbey d'Aurevilly, Jouvin, et tant d'autres.

Le Figaro se fit quotidien en 1867. Il fut le journal essentiellement parisien. « Ce que je voudrais, disait Villemessant aux lecteurs dans le premier numéro, ce serait d'arriver à vous convaincre de lire le journal depuis la première ligne jusqu'à la dernière. »

Lui-même se piquait d être légitimiste, et plus tard, en 1873, il se flatta, non sans un peu de ridicule, de ramener le comte de Ghambord sur le trône. Mais chez Villemessant il y avait surtout le besoin d'une incessante publicité. Au demeurant, sous l'Empire, il laissait à ses rédacteurs la bride sur le cou, et le journal, qui était attentif aux mouvements de l'opinion, était frondeur, narquois, agressif. Les rigueurs du pouvoir, qu'il éprouva à plusieurs reprises, en se gardant d'encourir cellei qui l'eussent atteint d'une façon trop grave, aidaient à son succès.

Villemessant s'était quelque peu grisé de ce succès. Il exagérait son importance, quelque place qu'il tînt réellement dans la vie parisienne. Il était d'une rondeur

parfois brutale, capricieux, tyrannique, avec des accès de générosité. « Du moins était-il, a écrit Gustave Claudin, d'une inaltérable bonne humeur. Les duels, les procès, les réclamations, tout était prétexte à plaisanterie. Quand il était cité en justice, — et Dieu sait s'il y fut souvent appelé! — il badinait avec ses juges, et arrivait à les faire rire. » Son existence, c'était son journal, qu'il s'attachait sans cesse à développer et où furent créées quelques-unes des rubriques qui sont devenues habituelles dans la presse. Il constatait l'influence du Figaro par son intervention, par des souscriptions ou jiar des représentations pour des oeuvres de bienfaisance. Ainsi assura-t-il les derniers jours de Déjazet.

Il a laissé des souvenirs à bâtons rompus, les Mémoires d'un journaliste, qui évoquent, par de nombreuses anecdotes, les personnalités qu'il rencontra.

Voici, pourtant, un article de lui, qui ne pouvait être que sérieux.

Page 1