‹ Anthologie du journalisme du 17e siecle a nos joursChapitre 65 sur 185 · Mort à l'île Nou en · texte numérisé non relu

Mort à l'île Nou en

ment de leur suppression, le National, le Journal populaire, V Indépendance française, la Discussion, VEcho du soir, VEtoile, le Corsaire, devenu le Pii-ate.

Un journal au titre singulier, Caïn et Abel, par allusion à la lutte fratricide entre Pari« et.\ersailles, n'eut qu'une vie éphémère.

On ne peut pas, dans une évocation de la presse pendant le siège de Pai-is, ne pas retrouver le nom de Blan» qui. Le vieux révolutionnaire, l'homme qui avait toujours tout sacrifié ù sa cause, à laquelle il avait donné sa liberté, celui que Gustave Geffroy devait appeler, dans le tableau qu'il dessina de cette vie agitée, 1' « Enfermé », fit paraître son journal, la Patrie en danger, au lendemain même de la révolution du 4 septembre. De la grande Révolution il avait les traditions de patriotisme enfiévré, et il soutint d'abord le nouveau gouvernement de la Défense nationale. « Maudit, écrivait-il, celui qui, à l'heure suprême où nous touchons, pourrait conserver une préoccupation personnelle, une arrière - pensée , quelle qu'elle fût. » On sait qu'il ne tarda pas à se séparer de ceux qu'il accusait de ne pas avoir foi dans la résistance de Paris, et il fut mêlé à l'émeute du 31 octobre 1870. Poursuivi, caché chez un ami, il continua la publication de son joui'nal jusqu'au moment où il fut à bout de ressources.

En 1871, arrêté en province, il connut de nouveau la captivité. Le gouvernement de M. Thiers avait refusé de l'échanger contre l'archevêque de Paris, M?'' Darboy, prisonnier de la Commune.

Après l'amnistie, il devait reprendre la lutte dans son journal Ni Dieu ni maître, qui, au bout de peu de temps, disparut avec lui.

Mais c'est le Blanqui de 70, se dressant devant les malheurs de la patrie, qu'on rappellera ici. Du Blanqui de cette époque, J.-J. Weiss a parlé équitablement. A la tribune du club, Blanqui lui paraissait froid. « Mais le lendemain, je lisais le journal, ce méchant morceau de papier jaunâtre qu'il faisait paraître à force de sacrifices... Gela brûlait et ravissait. Quelle puissance, quelle sincère et déchirante tendresse pour la patiùe en péril,

quelles saig-nanles douleurs! Quelles colères, quellesrages iiia;jtii{iques contre les incapacités qui perdaient Paris en s'admirant! Ecrire ainsi à soixante-cinq anssonnés, après vingt ans de captivité, quand l'imagination est tarie, quand les sens sont éteints, le corpsépuisé : le peut-on, à moins d'écrire avec sa chair etavec son sang, et comme en s'ouvrant les entrailles?.. Comment tant de souffrances, à la longue, et tant dedéceptions si profondes et si cruelles n'eusscnt-elles pas apporté à leur suite un ferment de folie?.. S'être immolé à la démocratie, et, un beau jour, ne pouvoir même plus se plaindre parce qu'on n'a pas de quoi payer les morceaux de papier sur lesquels on imprimera sa plainte! » On donnera ici un des premiers articles de la Patrie en danger, véritable invocation à. la race latine.

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