ANDRE GILL
En se servant du crayon, il fut essentiellement un journaliste, lui qui, mêlé ù la jeunesse sapant le régime impérial, bataillait en humoriste et, d'une manière toute personnelle et particulièrement vigoureuse, faisait la charge de tous les puissants du jour, non sans risques^ parfois. Il avait eu des débuts très durs et d'autres ambitions que celles qui lui valurent pourtant la popularité. Ces débuts, qui lui avaient laissé d'âpres souvenirs, et ces ambitions, car il était blasé sur ses succès de dessin et las de l'éternelle grimace des caricatures, expliquent, avec le débraillement d'une vie brûlée, la catastrophe dans laquelle il sombra. Artiste plein de verve, et, comme on l'a dit avec raison, faisant, dans ses caricatures, penser plus que rire, il avait créé un genre qui était bien à lui, dans la Rue, la Lune, V Eclipse, journaux satiriques qui, fort suspects au pouvoir, dans les dernières années, de l'Empire, se succédaient l'un à l'autre.
« Il y avait en lui, a dit Alphonse Daudet, un singulier mélange de populacerie et de raffinement, de sang^ rouge et de sang bleu. » Certes, il était autre chose que le grand garçon bruyant que l'on connaissait surtout. Il y a des pages de lui, écrites entre deux dessins, qui attestent de la sensibilité et des façons de sentir et de comprendre généreuses.
Il fut, sous la Commune, administrateur du musée du Luxembourg. Il n'agit que pour préserver le Musée dans les derniers jours de l'insurrection, alors que Parisétait également menacé par les deux partis.
Reprenant son crayon avec un talent plus mûr, s'il n'avait pas moins de fantaisie, il se retrouva, pendant les péi'iodes de réaction, exposé, comme sous l'Empire^ aux caprices et aux tyrannies de l'autorité avec laquelle il devait ruser, ayant les rieurs pour lui.
Il maniait aussi la plume, en vers et en prose. Il donna
A.KDR1Ê GILL 195
au théâtre, en collaboration avec Jean Richepin, la Corde au cou et l'Etoile.
Il présenta des signes d'aliénation mentale pendant un voyage en Belgique, fut interné à l'asile d'Evere, puis à Cliarenton, en sortit quelque temps et dut y être enfermé de'nouveau. Il'y mourut.
Il avait rêvé de peindre un vaste panorama des céléfcrités contemporaines.
En même temps que du crayon, il s'était souvent servi de la plume.