‹ Anthologie du journalisme du 17e siecle a nos joursChapitre 81 sur 185 · HIPPOLYTE TAINE · texte numérisé non relu

HIPPOLYTE TAINE

de notre offrande est tout indiqué ; insuffisante pour payer les Allemands, elle suffit pour sauver nos finances, et c'est sur ce point que je sollicite avec déférence toute l'attention du comité central. A mon sens, la contribution volontaire doit servir, au fur et à mesure qu'elle sera versée, a amortir la dette contractée envers les Prussiens, Voilà un but précis ; si on l'accepte, qu'on le dise tout haut; chacun alors saura exactement l'emploi de son offrande. Il ne la considérera plus comme un simple appoint destiné à parfaire, peut-être inutilement, la masse des millions qu'il va falloir demander à l'emprunt. Au contraire, pour peu qu'il réfléchisse, il comprendra que cette contribution, maigre et de médiocre effet, si elle n'est qu'un appoint, pourra rendre au pays le plus sûr et le plus grand service si elle est affectée expressément et uniquement à l'amortissement dont nous parlons. ... Suivons maintenant le détail de l'opération et de ses chances. — Il me semble d'abord que les comités devraient fixer un chiffre précis, un minimum, d'après lequel chacun se taxerait lui-même. Sinon, l'offrande sera tout arbitraire, et dans ce cas les suggestions de l'intérêt personnel sont toujours plus fortes. Au contraire, le chiffre une fois admis, bien des gens, par conscience, honneur, ou respect humain, se feront un scrupule de rester audeësous. Prenons celui qui a été adopté déjà par plusieurs administrations, par divers ateliers, par quelques écoles, et qui est à la portée de toutes les bourses, même des plus minces, c'est-à-dire un jour par mois de salaire, revenus ou bénéfices, en d'autres termes, un trentième du revenu annuel, quelle qu'en soit la source. Un journalier, un domestique peut, sans trop d'efforts, faire ce sacrifice aussi bien que le plus riche capitaliste et le plus grand industriel.

M. Thiers évaluait à 15 ou 16 milliards par an le revenu total de la France, et plusieurs économistes que j'ai consultés jugent que ce chiffre n'est pas trè& loin de la vérité. Le trentième de ce revenu fait cinq cents millions ; réduisons-les à trois cents ; avec de la bonne volonté on peut les avoir, et c'est là justement la somme qui, échelonnée en versements mensuels, fournirait chaque mois vingt-cinq millions à l'amortissement dont on a parlé. — Quant aux moyens, divisons, à l'exemple de Nancy, la souscription en deux étapes : la première dans laquelle les souscripteurs ne s'engageront que si la souscription atteint tel chiff're ; la seconde dans laquelle ils s'engageront tout à fait.

Après avoir regardé longtemps et de près l'histoire et les mœurs de la France, je crois que parmi les nations il n'y en a point qui ait plus de cœur ; seulement, par l'effet ancien des institutions politiques, cette générosité native ne sait pas s'employer dans les affaires publiques, et, par un trait particulier du tempérament national, elle n'est jamais accompagnée de sang-froid ; il faut au Français de l'excitation, un élan, la contagion des émotions envirannantes, l'émulation, l'idée des regards fixés sur lui.

La France ressemble à un soldat qui à l'ordinaire s'amuse, paresse, plaisante et gronde contre soft officier, mais qui, au feu et sous les yeux de ses camarades, est capable de dévouements subits, imprévus et sans limites. Personne ne sait ce qu'il adviendra de cette contribution volontaire ; mais il n'est pas impossible qu'à un moment donné la France y aille tout entière et d'un élan^ comme au feu.

[Journal des Débats^ 9 février 1872.)

Après les événements de 1871, la consolidation de la République est une œuvre laborieuse. L'Assemblée nationale, élue pour la conclusion de la paix avec l'Allemagne, se maintient et, malgré les protestations de l'opinion républicaine, s'arroge le pouvoir constituant. Cette assemblée est en grande >partie monarchiste, et est disposée à toutes les mesures de réaction. C'est le commencement d'une longue période d'agitation parlementaire. Le gouvernement de M. Thiers, qui poursuit l'œuvre de la libération du territoire, est attaqué à la fois par la droite royaliste, qui a obtenu le rappel des princes d'Orléans, et par l'extrême gauche. L'état de siège subsiste dans les grandes villes : la presse •est donc à la merci de l'arbitraire. Le cautionnement pour les journaux politiques a d'ailleurs été rétabli le 6 juillet 1871. Les luttes de la presse contre les coalitions monarchiques sont ardentes, cependant, et les poursuites et les condamnations sont fréquentes. Une des plus sévères est celle qui «st prononcée, non contre un écrivain révolutioanaire, mais contre un de ceux qui, en des heures critiques, a fait entendre les plus sages paroles, Louis Ulbach : trois ans de prison et six mille francs d'amende. Mais on fait volontiers expier aux journalistes qui furent les adversaires de l'Empire les batailles qu'ils livrèreat contre ce régime.

Cette animosité contre la presse, Aurélien Scholl la raille souvent. C'est ainsi que, dans un mordant article, il propose une loi sur la presse, selon lesvœux des membres de l'Assemblée qui trouvent que le journal a encore trop de libertés : « Article premier. Les peines en matière de presse sont afflictives et infamantes. Ces peines sont : la mort^ les travaux forcés à perpétuité, la réclusion, le pal^ l'huile bouillante, la torture ordinaire et extraordinaire. — Art. II. Tout condamné à mort aura la tête tranchée; mais la tête étant le siège de la pensée, quand la peine de mort aura été prononcéecontre un publiciste, on commencera par les jambes^ • — Art. III. Le coupable condamné pour un crime de presse sera conduit sur le lieu du supplice en chemise, nu-pieds et la tête couverte d'un voilenoir... qui sera repris chaque fois pour servir à ua autre. — Art. IV. Ce voile noir devra porter un timbre-quittance de dix centimes, à la charge du condamné... — Art. XVIII. Ceux qui se seront abonnés à un journal poursuivi seront punis comme complices. — Art. XIX. Néanmoins, la peine de mort sera remplacée, à l'égard des abonnés, par celle de l'huile bouillante, » etc.

C'est avec l'arme de l'esprit qu'on combat de nouveau les tendances rétrogrades. Des mots cinglants se forgent dans le train qui ramène de Versailles à Paris les journalistes ayant assisté aux débats de l'Assemblée. Ou couvre de brocards tel député, comme M. de Lorgeril, qui demande la suppression de l'Ecole normale, parce qu'elle est dangereuse pour l'esprit public, ou celle de la suppression de l'Ecole d'Athènes, et parce qu'on a suffisamment étudié les monuments de cette petite ville. »

Aux journaux qui, ayant combattu l'Empire, se retrouvent pour combattre les monarchistes, se

joint la République française, fondée par Gambetta, avec Spuller, Ranc, Challemel-Lacour, Waldeck- Rousseau, Paul Bert, Georges Avenel, Marcellin Pellet, Hector Dépasse, Gustave Isambert , Paul Bert. « Ce n'était pas sans malice, a dit M. Joseph Reinach, que l'autorisation de publier un journal avait été accordée à la première demande de Gambetta; on s'attendait à une feuille révolutionnaire, âpre et violente : ce fut le Journal des Débats de la démocratie qui parut. » C'était avec de solides arguments que la République française, devenant le journal officiel du parti républicain, discutait avec ses adversaires. Gambetta, à cette époque, se multipliait, alors blâmé par M. Thiers, avec lequel il devait, plus tard, unir ses efforts; il parlait à l'Assemblée, et il allait partout porter, en des discours retentissants, sa foi républicaine.

Les élections partielles, cependant, exprimaient l'opinion du pays. Mais ces élections, en faisant sentir aux Droites le danger qu'elles couraient, les animaient dans toutes leurs tentatives contre la durée et l'organisation de la République, et les Droites faisaient échouer tout ce qui avait une apparence de libéralisme : ainsi avaient-elles repoussé la réforme de l'enseignement proposée par Jules Simon.

Ce n'étaient alors qu'intrigues des partis qui aspiraient à conquérir le pouvoir ; on pourra dire, plus tard, que ce que M. Thiers a fait de plus étonnant pour l'histoire, c'est d'avoir fondé la République avec une Assemblée monarchique, et en lui faisant tant de concessions.

Etat d'esprit de la majorité de cette assemblée qu'on a peine à se représenter, aujourd'hui! Certains « chevau-légers », comme on appelle alors les plus fougueux partisans d'une restauration, oublient qu'en voulant déconsidérer la République^

ils déconsidéreraient la France. L'un d'eux propose de remplacer les ambassadeurs par de simples chargés d'affaires, « parce que, dit-il, le fait d'être en République nous fait, vis-à-vis de l'étranger, une situation si humble! »

Pendant que royalistes et bonapartistes font de» pactes temporaires, les gauches, avec quelque persévérance qu'elles soutiennent une lutte incessante,^ sont trop fréquemment divisées.

« Ah! dit un nouvel élu républicain, si seulemeni nous étions deux cents !

— Ah! répond Ernest Picard, qui se souvient de la discipline des premiers députés de l'opposition sous l'Empire, si seulement nous étions cinq! »

Les déclarations du comte de Chambord, se rapprochant, en venant en Belgique, des députés qui travaillent à lui donner le trône; le procès intenté par le général Trochu, ancien gouverneur de Paris pendant le siège, au Figaro, à la suite d'un article d'Auguste Vitu ; les dispositions prises pour le procès du maréchal Bazaine ; les discussions sur la loi militaire ; l'emprunt pour la rançon de la France ; le discours de Gambetta pour l'anniversaire du 14 juillet, jour qui était bien loin encore d'être le jour de la fête nationale; la restitution des biens de la famille d'Orléans; la mort de Napoléon III à Chislehurst; l'élection Barodet, à Paris, occupent tour à tour l'opinion.

Le 24 mai 1873, c'est la rupture de M. Thiers avec l'Assemblée, qui, par 360 voix contre 344, l'a sommé « de faire prévaloir dans le gouvernement une politique résolument conservatrice », Il donne, sa démission de président de la République, et la coalition de tous les groupes de droite fait aussitôt élire, pour lui succéder, le maréchal de Mac-Mahon..

Le ministère formé est, comme la majorité, une coalition des trois partis légitimiste , orléaniste, impérialiste, sous la présidence du duc de Broglie. C'est le gouvernement de 1' « Ordre moral ». Il a pour -but principal de ne pas laisser rétablir officiellement la République, en attendant le moment favorable pour le retour à la monarchie. Son programme est donc négatif.

Le gouvernement de l'Ordre moral se hâte de changer le personnel administratif; partout où il le peut, il supprime l'opposition par des mesures de rigueur; armé par l'état de siège dans les villes importantes, il poursuit les journaux, les suspend, en interdit la vente sur la voie publique. La réaction se manifeste impudemment. A la suite du pèlerinage à Paray-le-Monial, on laisse exprimer les vœux pour le rétablissement du pouvoir temporel du pape ; à Lyon, les enterrements civils sont interdits pendant le jour; des poursuites sont intentées contre Ranc, élu député du Rhône, pour participation à la Commune, et un conseil de guerre le condamne à mort, par contumace; une loi d'expropriation est votée pour la construction de la basilique de Montmartre; toutes les provocations sont adressées au parti républicain, qui montre son sangfroid et sa résolution de résistance. Gambetta dénonce, à la tribune, la circulaire aux prétets du ministre de l'Intérieur Beulé : le ministre les a chargés de s'informer de la situation financière des journaux « et du prix qu'ils pourraient attacher au concours bienveillant de l'administration ». En juin^ Gambetta prononce, à l'occasion de l'anniversaire de Hoche, à Versailles, un de ses discours célèbres. II y proclame que l'armée, qu'on vient de voir défiler à Longchamps, dans la première revue passée depuis la guerre (en l'honneur du shah de Perse, hôte

de Paris), n'est pas une armée âe pronunciamientos. C'est lui qui {un tableau, souvent reproduit, a évoqué cette scène) désigne M. Thiers comme le libérateur du territoire , enfin évacué par les Allemands, événement dont le gouvernement s'efforce d'atténuer les manifestations de reconnaissance à l'égard de ceux qui ont abrégé l'attente de la délivrance.

C'est le moment que choisit la presse monarcbiste pour envoyer au comte de Chambord une adresse où elle lui dit que l'opinion aspire à l'heure « où la vraie France pourra lui confier ses destinées ». La fusion s'étant opérée entre légitimistes et orléanistes, tous les efforts sont tentés pour donner la couronne à Henry V. (Le comte de Chambord viendra même à Versailles.) Mais la question du drapeau blanc, sur laquelle ne veut pas céder le prétendant (on se rappelle le mot du maréchal : « Les chassepots partiraient tout seuls »), conduit au renoncement à la Restauration. Le centre droit fait voter le Septennat, qui prolonge les pouvoirs du président. Un frémissement de colère avait d'ailleurs agité le pays à la pensée de l'éventualité du retour à la monarchie, et cette éventualité avait réalisé l'union des gauches.

Les divisions des droites mettent en minorité le ministère, en mai 1874. Un ministère de Cissey lui succède. La déclaration du général de Cissey indique bien que le Septennat est un régime d'attente. « Nous ne voulons pas, dit-il, favoriser la République plus qu'un autre parti... « C'est alors le parti bonapartiste, le parti de « l'Appel au peuple », qui s'agite, s'étant reconstitué. Il est soutenu dans la presse par Paul de Cassagnac, Jules Amigues, Ernest Dréolles, Robert Mitchell. A la tribune et dans les journaux dont ils disposeat, avec quelque

rigueur que soient traités ces journaux*, les républicains déjouent les intrigues, se défendent fermement, dénoncent les abus, les illégalités, les complots. C'est la continuité de leurs efforts qui découragera les entreprises monarchiques.

La propagande impérialiste inquiète les royalistes. Ce sont les dissensions des Droites qui font décider la discussion des lois constitutionnelles. Tout est tenté par ceux qui conservent l'espoir de rétablir un trône, pour laisser une part de provisoire, pour réserver la forme définitive du gouvernement jusqu'à la fin du Septennat. Au milieu des divisions des monarchistes , qui s'accentuent et éternisent les débats, l'amendement Wallon, voté à une voix de majorité, le 30 janvier 1875, reconnaît implicitement la République. « Le sort a de ces ironies, a écrit Ranc. Wallon était né pour l'oubli, et son nom vivra; nul esprit n'était plus rétrograde que le sien, et ce nom sera, dans les souvenirs, attaché à la fondation de la République. »

Le maréchal de Mac-Mahon, en appelant M. Buffet à former un autre ministère, proclame « qu'il est fermement résolu à maintenir les principes conservateurs ». C'est en effet, plus que jamais, la politique de combat.

Cependant, après avoir nommé les soixante-quinze sénateurs à vie, l'Assemblée se sépare. Les élections donnent à la nouvelle Chambre une majorité républicaine. C'est un ministère Dufaure, puis ud ministère Jules Simon. Mais le maréchal cède aux conseils des conservateurs, fait de la politique per«

1. Les gouvernements qui se succédèrent depuis le 24 mai frappèrent de peines diverses, suppression, suspension, interdiction de vente sur la voie publique, cent quatre-vingt-oni organes de l'opinion républicaine.

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sonnelle, congédie le ministère, appelle aux affaires le ministère de Broglie-Fourtou; le Sénat dissout la Chambre. La raison même de l'acte du 16 mai, elle était dans ce fait que la République allait chaque jour grandissant dans l'estime de l'Europe et la confiance du pays; les partis monarchiques se voyaient perdus : de là, ce coup d'autorité pour enrayer le mouvement des idées et, selon l'expression dun des députés qui protestèrent le plus énergiquement, « pour faire renaître des espérances qui n'étaient plus que des tristesses et des désolations -». — « Sommes-nous, s'écriait Jules Ferry, sous un gouvernement de bon plaisir, ou sous un gouvernement de majorité ? Est-ce que nous sommes sous l'épée d'un maréchal de France, ou sous le régime des lois?)) Les gauches votaient un ordre du jour flétrissant pour le ministère. Les trois cent soixante-trois députés qui avaient pris part à ce vote se représentaient devant les électeurs avec un programme commun.

Tout fut mis en œuvre par le gouvernement pour les combattre. Jamais la pression ne s'était produite avec cette violence sur le pays. Jamais des manœuvres aussi impudentes n'avaient été employées, jamais les candidatures officielles n'avaient été ainsi produites, tandis que les autres étaient entravées par tous les moyens, fussent-ils les plus bas. Mais jamais le parti républicain ne fut uni à ce point, jamais la presse ne lutta avec plus d'énergie et de talent. C'est rappeler les campagnes ardentes faites par Edmond About dans le XIX^ Siècle, par John Lemoinne, Francis et Gabriel Charmes dans les Débais, par Vacquerie dans le Rappel, par Henry Maret dans le Radical, par Emile de Girardin dans la Presse, par Antoine Grenier dans le Constitutionnel lui-même, par la République française, poursuivie en même temps

que Gambetta à la suite du discours de Lille, où il a déclaré que le maréchal devait « se soumettre ou se démettre ». Le gouvernement ne se contentait pas d'être défendu par des écrivains de réaction comme Saint-Genest qui, dans le Figaro, le trouvait encore trop tiède : il faisait lui-même de la polémique dans ses journaux officiels.

La presse, qui avait bravé toutes les condamnations, qui s'était dépensée avec passion dans la lutte, enregistrait le succès des candidats républicains, en octobre 1877. M. Thiers, qui y avait contribué, d'accord, cette fois, avec Gambetta, ne devait pas le voir. Il était mort le 3 septembre.

Malgré ces élections, le maréchal maintenait d'abord son ministère, puis le remplaçait par un cabinet Rochebouet, avec lequel la Chambre refusait d'entrer en relations. Il se « soumettait » enfin. Le parti républicain revenait au pouvoir, ayant définitivement triomphé d'adversaires qui avaient employé contre lui des armes déloyales. Il avait dès lors une tâche immense à accomplir. — Au Sénat aussi s'était formée une majorité républicaine.

Après l'Exposition de 1878, le maréchal de Mac- Mahon, se sentant isolé, songeant peut-être à prévenir, par sa retraite, la mise en accusation projetée de ses anciens ministres, refusait de signer les décrets'qui modifiaient des commandements de corps d'armée, et donnait sa démission.

M. Grévy était élu président de la République, en janvier 1879. Gambetta devenait président de la Chambre : « Sortie victorieuse de la mêlée des partis, notre République, disait-il, doit entrer dans la période organique et créatrice^. »

1. Parmi les journaux publiés à Paris de 1874 à 1880 avaient paru \b XIX» Siècle, é\ngé par Edmond About; la Lanterne, la Défense, journal des intérêts catholiques, qui devint la Civi-

iisation, avec Henri des Houx; la Marseillaise, sous l'inspiration de Henri Rochefort, encore exilé; le Voltaire, ayant Aurélien SchoU comme rédacteur en chef, où M. Poincaré rédigeait la chronique des tribunaux; le Triboulet, journal antirépublicain; le Globe, qui fut le premier des journ;iux à huit pages, où M-n» Sarah Bernhardt donna le compte rendu du Salon de 1879; le Parlement, dirigé par M. Ribot, où collabora activement M. Paul Bourget; la Justice, dirigée par M. Clemenceau. Le Petit Parisien était né en 1876, avec M. Jules Roche comme rédacteur en chef. V Intransigeant parut après le vote de l'am- Distie.

ALFRED MEZIERES

On sait la fin douloureuse d'Alfred Mézières, mourant, captif de l'ennemi, dans son village lorrain de Rehon. Bien qui! fût chargé d'années, il eût mérité, lui qui avait tant pensé à l'heure des réparations de 1870, de voir la délivrance de son pays. Ces réparations, il les avait attendues avec foi, s'associant, au Sénat, à tout ce qui pouvait mieux armer la France, rappelant dans plusieurs de ses livres les souffrances de l'invasion et enseignant les devoirs patriotiques.

Professeur à la Sorbonne , membre de l'Académie française, homme politique, Alfred Mézières donna une longue collaboration à la Revue des Deux Mondes et au Temps. En 1864, il avait représenté l'Université au jubilé de Shakespeare et, l'année suivante, à celui de Dante. Jl consacra de substantielles études à Gœthe et à Pétrarque. En 1886, il avait accepté la présidence de l'Association des journalistes parisiens, et il remplissait ce» fonctions avec autant d'autorité que de bonne grâce, « une cordialité élégante et polie qui avait un air d'ancienne France », a dit expressivement G. Montorgueil, ajoutant que, dans les circonstances de sa mort, il y eut une grandeur et une noblesse qui avaient tous les caractères du sacrifice.

Poursuivant ses études sur la littérature allemande, au lendemain de la guerre de 1870, il avait voulu déterminer comment elles n'impliquaient aucun abandon de «es ressentiments et de ses espoirs.

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