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LA MANIFESTATION DES BONNETS A POIL

Nous ne saurions trop admirer la peine que se donnent les conservateurs pour fonder la république et pour fournir à M. Thiers les occasions de la nommer et de l'affirmer de plus en plus catégoriquement. C'est le seul résultat visible de la conférence qui a eu lieu hier à Versailles et qui nous a paru être une répétition, au point de vue parlementaire, de ce qu'on appelait autrefois la démonstration des bonnets à poil ^.

... Quand on recherche ce que c'est au juste que le pacte de Bordeaux, on ne le trouve pas, et c'est un grand bonheur. C'est comme la constitution anglaise, qu'on ne renverse jamais, parce qu'on ne saurait où la prendre. Le pacte de Bordeaux était une sorte de contrat moral, par lequel les partis s'engageaient à ne pas soulever les questions de forme de gouvernement, jusqu'à ce que l'œuvre spéciale, qui était la mission de l'assemblée, ait été accomplie.

Le Président s'était, on doit le constater, consacré à cette œuvre avec cette passion patriotique qui est chez lui la première de toutes. A toutes les députations qui étaient venues, à différents intervalles, lui donner des avis ou lui faire des remontrances, il avait uniformément répondu qu'il maintiendrait la neutralité entre les partis et consacrerait tous ses efforts à réorganiser le pays et à le remettre en état de choisir lui-même sa forme de gouvernement.

Hier il a changé de langage, et, d'après toutes

1. En 1848, les grenadiers de la garde nationale, coifTés de bonnets à poil, allèrent protester sur la place de l'Hôtel-de- Ville contre la suppression des compagnies d'élite.

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les relations qui sont faites de sa réponse, il a très clairement affirmé sa résolution de travailler à la fondation et à la consolidation de la République. On a voulu le forcer à une déclaration de principes ; il en a fait une, et nous ne pouvons que féliciter 1^ députation conservatrice de ce qu'elle a remporté.

Le résultat de cette malheureuse expédition était facile à prévoir... On est surpris, on est alarmé de voir le pays suivre le courant républica,in, et on va puérilement porter plainte à M, Thiers de ce que la France a décidément l'air de s'habituer à la République.

Pourquoi ne pas s'en prendre à lui de la pluie ou de la sécheresse ? Pourquoi ne pas le rendre responsable de la Saint-Médard ? Est-ce que cette coalition de partis fort peu homogènes, qui s'appellent et croient être la majorité, n'est pas encore plus responsable que M. Thiers du désarroi du pays et du désordre des opinions ? Qu'on nous montre donc où est l'unité de cette majorité. Quand les partis censés conservateurs passent leur temps à se jeter des drapeaux à la tête, comment le pays ne se réfugierait-il pas d'abord dans le provisoire et, ensuite, ne chercherait-il pas à convertir ce provisoire en définitif ?

[Journal des Débats, 1872.)

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