‹ Anthologie du journalisme du 17e siecle a nos joursChapitre 89 sur 185 · QUESTION SOCIALE · texte numérisé non relu

QUESTION SOCIALE

Il y a quelques jours, plusieurs journaux reproduisaient la note suivante : « Un fait tristement curieux s'est produit vendredi à Bernay. Le nommé Isidore Martin, ouvrier de fabrique à Serquigny, «tait venu se constituer prisonnier pour subir une condamnation à quatre mois prononcée contre lui. Il avait amené avec lui son jeune fils âgé de sept ans, et, l'ayant conduit au Palais de justice, il l'a laissé dans l'escalier du parquet, puis il s'est rendu à la prison. Il a déclaré que, ne sachant que faire de cet enfant pendant qu'il allait subir sa peine, il n'avait trouvé rien de plus naturel que d'en charger ceux qui avaient prononcé sa condamnation. » L'enfant a été, par ordre de l'administration municipale, déposé à l'hospice de Bernay. Le père a été franc , l'administration municipale a fait ce qu'elle pouvait faire. Pendant ces quatre mois, l'enfant vivra et sera préservé de la corruption et du vagabondage. Mais combien de pères n'ont rien dit; combien n'ont pu rien dire; combien n'auront pas été écoutés; combien d'enfants sont voués irrémédiablement à la misère et au vice par la condamnation qui supprime le chef de famille sans se préoccuper de ce que deviendront les orphelins? il n'y a pas de question sociale, a dit M. Gambetta dans un jour où il trouvait que tout allait bien, puisque ses affaires n'allaient pas mal. Il n'y a pas une question sociale, .en effet, il y en a mille, et celle que pose ce simple fait est une des plus formidables.

Un homme, une femme commettent un crime, un délit; on les condamne, cela est juste; ils ont fait la faute, ils l'expient. La loi a prononcé, les juges

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