‹ Anthologie du journalisme du 17e siecle a nos joursChapitre 92 sur 185 · LA CONFERENCE · texte numérisé non relu

LA CONFERENCE

... Ai-je besoin de faire remarquer que le conférencier, pas plus que le critique, n'impose son opinion? Il ne force pas l'auditeur à penser corame

lui : avec son consentement, il l'aide à penser, voilà tout. Il lui ouvre certains horizons que peutêtre ce spectateur n'aurait pas vus, et il augmente la somme de jouissances intellectuelles que procure l'audition d'une tragédie ou d'une comédie.

(( Mais, monsieur le Conférencier, je penserais bien tout seul.

— Certes, monsieur l'Auditeur ; mais qui peut se vanter de tout connaître, de tout savoir, de tout deviner, de tout embrasser par ses seules réflexions ? Est-ce qu'on n'apprend pas toujours quelque chose en entendant une personne parler sur un sujet qu'elle a longuement, mûrement étudié ? Des considérations avaient échappé; elles ont été trouvées par le conférencier. On en suivra le développement avec intérêt. Chaque orateur, comme chaque écrivain, n'a-t-il pas son tempérament, sa nature, son caractère, qui lui font envisager les choses de façons différentes ? Et cet exposé de vues particulières ne sera-t-il pas fécond en enseignements? »

Pour ma part, je n'ai jamais écouté une conférence sans y trouver profit. L'erreur même, le paradoxe, ont leur utilité; on en tire par contraste, par un effet réflexe, la vérité. Il y a là une collaboration fertile entre l'orateur et l'auditeur : celui-ci fournit même quelquefois à celui-là un rapprochement ingénieux, un aperçu original, rien que par l'échange des regards et l'influence des impressions» La suggestion se produit dans la communion avec le public. Tous ceux qui ont parlé et qui, ne récitant pas leur discours par cœur, comme une leçon, laissent, tout en ayant bien préparé leur thème, une large part à l'improvisation, tous ceux-là savent quel heureux inspirateur est le public et quelle satisfaction on éprouve à sentir les idées éclore dans le cerveau surexcité par cette improvisation»

HENRY DE LAPOMMERATE 237

Le conférencier n'est pas un despote imposant ses idées, pas plus que l'auditeur n'est un esclave docile. Je le répète : il y a demande et consentement d'une part; offre, effort de l'autre, et, en résumé, collaboration.

Que la notoriété, le savoir reconnu, l'éloquence persuasive influent sur les auditeurs, cela est incontestable; mais cette influence est, certes, légitime, et elle se manifeste dans tous les cas où la parole se fait entendre, que ce soit dans le parlement, dans la chaire ou au théâtre.

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