L^ENTERREMENT D'UN POETE
C'était en mars, ou en avril. 11 faisait uu tempsde giboulées, égayé d'éclaircies découvrant soudain un coin de ciel bleu. Le naatiu, un journal avait annoncé que Glatigny, subitement,, au moment oîi il se croyait mieux, venait de mourir.:.Oa l'enterrait à Sèvres.
Sèvi-es n'étant pas loin de Paris, nous pûmes arriver à temps devant la maison où s'étaient passés les derniers, les plus heureux jours du poète r maison telle qu'il avait dû la rêver, discrète et 'v«-^ tue de verdure, au fond d'un jardin tout petit, mais plein de bouquets, de tonnelles, et agrandi par le voisinage du bois.
Par-dessus les arbres et les murs,daB« une mai^ son toute blanche, on pouvait lire en lettres jaunes, d'un jaune de baudrier, cette inscription : Gendar~ merie nationale. « C'est une fatalité! i>é dons la gendarmerie, je devais mourir à son ombre, » m'avait dit, quelques jours auparavant, en riant de &âik
bon rire, Glatigny, qui était fils d'un gendarme, et qui aimait à le rappeler.
Le cercueil fut descendu dans le petit jardin, et le cortège se mit en marche.
Il y avait là des comédiens et des poètes, des inconnus, des illustres, les amis des bons et des mauvais jours; et, dans les étroites rues de Sèvres, humides encore de l'averse, les blanchisseuses sortaient sur la porte des blanchisseries pour regarder ces Parisiens qui, sans curé, conduisaient un ami mort à sa dernière demeure.
Quelques-unes, ne songeant point à mal, se signaient.
Le cimetière : un vrai cimetière de village, aux murs bas et verdis, embaumant la verdure et le buis, un peu en pente vers Paris, et gai comme un versant de colline. C'est bien là l'endroit que se serait choisi pour y dormir le poète du ^0/5 et de Vers les saules, épris d'espace et de lumière, qui, la veille encore, entre deux satires, chantait les joies demi-citadines, demi-rustiques, et les fins paysages de la banlieue parisienne.
Ni chant, ni discours! Rien ne troubla les oiseaux qui, mis en joie par les rayons d'une éclaircie, pépiaient doucement dans les cyprès mouillés. Le cercueil descendu, on se retirait, quand un homme arriva, tenant par la main une petite fille. La petite fille avait une corbeille pleine des fleurs de la saison.
On devina; chacun prit un bouquet, le jeta dans la fosse, et le cercueil fut recouvert de touffes de lilas, de violettes et de muguets.
Etre enfoui ainsi sous les fleurs, avec le chant des fauvettes au lieu de versets et de répons, et les claires gouttes de pluie s'égouttant des feuilles pour eau bénite !
[La République française.)