‹ Anthologie du XVI siecle francaisChapitre 11 sur 74 · X. — L'amour platonique · texte numérisé non relu

X. — L'amour platonique

J'appelle parfaits amans ceux qui cherchent en ce qu'ils aiment quelque perfection, soit beauté, bonté ou bonne grâce, toujours tendant à la vertu, et qui ont le cœur si haut et si honnête qu'ils ne veulent, pour mourir, mettre leur fin aux choses basses que l'honneur et la conscience réprouvent : car l'âme, qui n'est créée que pour retourner à son souverain bien, ne fait, tant qu'elle est dedans ce corps, que désirer d'y parvenir. Mais, à cause que les sens,

par lesquels elle en peut avoir nouvelles, sont obscurs et charnels par le péché du premier père, [ils] ne lui peuvent montrer que les choses visibles plus approchantes de la perfection après quoi l'âme court, cuidant trouver en une beauté extérieure, en une grâce visible et aux vertus morales, la souveraine beauté, grâce et vertu. Mais quant elle les a cherchés et expérimentés et elle n'y trouve point celui qu'elle aime, elle passe outre, ainsi que l'enfant, selon sa petitesse, aime les poupines et autres petites choses, les plus belles que son œil peut voir, et estime richesse d'assembler des petites pierres ; mais, en croissant, aime les poupines vives et amasse les biens nécessaires pour la vie humaine. Mais quant il connaît par plus grande expérience que es choses territoires n'y a perfection ni félicité, désire chercher le facteur et la source d'icelle. Toutefois, si Dieu ne lui ouvre l'œil de foi, serait en danger de devenir d'un ignorant, un infidèle philosophe. Car foi seulement peut montrer et faire recevoir le bien que l'homme charnel et animal ne peut entendre.

(Heptaméron, nouvelle XIX.)

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