‹ Anthologie du XVI siecle francaisChapitre 15 sur 74 · XVIII. — Les mauvais moines · texte numérisé non relu

XVIII. — Les mauvais moines

Si entendez pourquoi un singe en une famille est toujours moqué et harcelé, vous entendez pourquoi les moines sont de tous refuis, et des vieux et des jeunes. Le singe ne garde point la maison comme un chien ; il ne tire pas Taroy, comme le bœuf ; il ne produit ni lait, ni laine, comme la brebis ; il ne porte pas le faix, comme le cheval. Ce qu'il fait est tout dégâter, qui est la cause pourquoi de tous reçoit moqueries et batonnades. Semblablement un moine (j'entends de ces ocieux moines), ne laboure, comme le paisant, ne garde le pays, comme l'homme de guerre, ne guérit les malades comme le médecin, ne prêche ni endoctrine le monde comme le bon docteur évangélique et pédagogue, ne porte les commodités et choses nécessaires à la république comme le marchand. C'est la cause pourquoi de tous sont hués et abhorrés.

{Gargantua, chap. XL.)

XIX. — Comment étoient réglé les Thélémites à leur manière de vivre.

Toute leur vie étoit employée non par loix, statutz ou règles, mais selon leur vouloir et franc arbitre. Se levoient du lit quand bon leur sembloit, buvoient, mangeoient, travailloient, dormoient quand le désir leur venoit ; nul ne les éveilloit, nul ne les parforçoit ny à boyre, ny à manger, ny à faire chose autre quelconques. Ainsi l'avoit étably Gargantua. En leur règle n'étoit que cette clause :

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