FAY CE QUE VOUDRAS
parce que gens libères, bien nés, bien instruits, conversans en compagnies honnêtes, ont par nature un instinct et aiguillon qui toujours les pousse à faits vertueux et retire de vice, lequel ils nommoient honneur. Iceux, quand par vile subjection et contrainte sont déprimés et asservis, détournent la noble affection, par laquelle à vertuz franchement tendoient, à déposer et enfraindre ce joug de servitude ; car nous entreprenons toujours choses défendues et convoitons ce que nous est dénié.
Par cette liberté entrèrent en louable émulation de faire tous ce que à un seul voyoient plaire. Si quelqu'un ou quelqu'une disoit : « Buvons », tous buvoient ; si disoit : « Jouons », tous jouoient ; si disoit : « Allons à l'ébat es champs », tous y alloient. Si c'étoit pour voler ou chasser, les dames, montées sus belles hacquenées avecques leurs palefroy gourrier, sus le poing mignonement enguantelé port oient chacune ou un épervier, ou un laneret, ou un émerillon ; les hommes portoient les autres oiseaux.
Tant noblement étoient appris qu'il n'étoit entre eux celuy ne celle qui ne sût lire, écrire, chanter, jouer d'instruments harmonieux, parler de cinq à six langages, et en iceux composer tant en carme, que en oraison solue.
(Gargantua, chap. LVII.)
L'ÉLOQUENCE. — CALVLN.