II. — L'entrée de Charles VIII à Naples
Le roi Charles fit son entrée fort triomphante, vêtu en habit impérial d'un grand manteau d'écarlate, avecque son grand collet renversé, fourré de fines hermines mouchetées, tenant la pomme d'or ronde et orbiculaire (de tel mot use la chronique) en sa main droite et en la senestre son grand sceptre impérial et sur sa tête une riche couronne d'or à l'impériale, garnie de force pierreries, contrefaisant ainsi bravement l'empereur de Constantinople, selon que le pape l'avoit ainsi créé et que tout le peuple d'une voix crioit : empereur très auguste.
Qui voudra savoir mieux toute la cérémonie de cette
belle entrée, lise Gaguin, où elle est fort bien au long décrite ; et comme les belles et grandes dames du pays et de la ville paraissoiënt aux rues et aux places principales, belles et si bien ornées de la tête et du corps qu'il n'y avoit rien si beau à voir à nos François nouveaux, qui n'avoient vu les leurs de France si gentilles ni en si belle parure ; lesquelles en passant présentoient au roy leurs jeunes enfans et le prioient de leur donner Tordre de chevalerie de sa propre main, le réputant à grand honneur et bonne fortune ; ce qu'il ne refusoit point, tant pour les gratifier en cela que pour avoir plus de loisir et amusement à contempler leur beauté, leurs bonnes grâces et la superbeté et gentillesse de leurs accoutrements ; qui étoit chose pour lors nouvelle aux François ; car nos dames françoises étoient goffes en leurs habits, ni si gentiment comme à ce jour d'huy et pour lors étoient les Italiennes... Le lendemain de l'entrée, il fit dans son castel Novo un fort superbe banquet, en deux grandes tables, à tous les grands seigneurs et princes de Naples. J'ai ouy dire à aucuns vieux de Naples, la première fois que j'y fus, que les dames y étoient, qu'il faisoit tous et toutes beau voir.
(Brantôme, Grands capitaines françois, Charles VIII.)