III. — Tableau de la Renaissance en
Lettre de Gargantua à Pantagruel, étudiant à Paris.
Maintenant, toutes disciplines sont restituées, les langues instaurées : grecque, sans laquelle c'est honte qu'une personne se die savante, hébraïcque, chaldaïcque, latine.
Les impressions tant élégantes et correctes en usance, qui ont été inventées de mon âge, par inspiration divine, comme à contrefil, l'artillerie par suggestion diabolique. Tout le monde est plein de gens savants, de précepteurs très doctes, de librairies très amples, et m'est avis que ni au temps de Platon, ni de Cicéron, ni de Papinian, n'était telle commodité d'étude qu'on y voit maintenant. Et ne se faudra plus doresenavant trouver en place ni en com-0 pagnie, qui ne sera bien expoli en l'officine de Minervé. Je vois les brigands, les bourreaux, les aventuriers, les palefreniers de maintenant plus doctes que les docteurs et prêcheurs de mon temps.
Que dirai- je ? Les femmes et les filles ont aspiré à cette louange et manne céleste de bonne doctrine. Tant y a qu'en l'âge où je suis, j'ay été contraint d'apprendre les lettres grecques, lesquelles je n'avais contemné comme Caton, mais je n'avois eu le loisir de comprendre en mon jeune âge. Et volontiers me délecte à lire les Moraux de Plutarque, les beaux Dialogues de Platon, les Monuments de Pausanias et Antiquités d'Athénée, attendant l'heure qu'il plaira à Dieu mon créateur m'appeler et commander issir de cette terre.
(Rabelais, Pantagruel, chap. VIII.)