XLI. — Odelette
Mignonne, allons voir si la rose Qui ce matin avoit déclose Sa robe de pourpre au Soleil, A point perdu cette vêprée Les plis de sa robe pourprée, Et son teint au vôtre pareil.
Étas ! voyez comme en peu d'espace, Mignonne, elle a dessus la placey Las ! Las ! se^ beauté^ laissé choir ! O vraiment rhgtrâtre 'Nature !
Puis qu'une telle fleur ne dure Que du matin jusques au soir !
fr*^ Donc, si vous me croyez, mignonne, w^syS ^ Tandis que votre âge fleuronne K/S^uWtf En sa plus verte nouveauté, ^\ Cueillez, cueillez votre jeunesse : Comme à cette fleur, la vieillesse Fera ternir votre beauté.
<r^J XLII. — Ode.
Nous ne tenons en notre main Le temps futur du lendemain ; La vie n'a point d'assurance ; Et pendant que nous desirons La faveur des Rois, nous mourons Au milieu de notre espérance.
L'homme après son dernier trépas
Plus ne boit ne mange là bas,
Et sa grange qu'il a laissée
Pleine de blé devant sa fin
Et sa cave pleine de vin
Ne luy viennent plus en pensée.
Hé ! quel gain apporte l'émoy !
Va, Corydon, apprête-moy Un lit de roses épanchées ; Il me plait, pour me défâcher, A la renverse me coucher Entre les pots et les jonchées.
Fay moy venir d'Aurat ici, Fais y venir Jodelle aussi, Et toute la Musine troupe ; Depuis le soir jusqu'au matin Je veux leur donner un festin, Et cent fois leur pandre la coupe.
Verse donc et reverse encor Dedans cette grand' coupe d'or, Je vais boire à Henry Estienne, Qui des Enfers nous a rendu Du vieil Anacréon perdu La douce lyre Teïenne.
A toy, gentil Anacréon,
Doit son plaisir le biberon,
Et Bacchus te doit ses bouteilles ;
Amour son compagnon te doit
Venus, et Silène qui boit
L'Été dessous l'ombre des treilles.
^ J XLIIL — Ode.
Versons ces roses près ce vin, Près de ce vin versons ces roses, Et boivons l'un à l'autre, à fin Qu'au cœur nos tristesses encloses Prennent en boivant quelque fin.
La belle Rose du Printemps, Aubert, admoneste les hommes Passer joyeusement le temps, Et pendant que jeunes nous sommes, Ébattre la fleur de nos ans.
Tout ainsi qu'elle défleurit,
Fanie en une matinée,
Ainsi notre âge se flétrit,
Las ! et en moins d'une journée
Le printemps d'un homme périt.
Ne vis-tu pas hier Brinon Parlant et faisant bonne chère, Qui, las ! aujourd'huy n'est sinon Qu'un peu de poudre en une bière, Qui de luy n'a rien que le nom ?
Nul ne dérobe son trépas, Car on serre tout en sa nasse, Rois et pauvres tombent là-bas ; Mais ce-pendant le temps se passe, Rose, et je ne te chante pas.
La Rose est l'honneur d'un pourpris, La Rose est des fleurs la plus belle, Et dessus toutes a le pris ; C'est pour cela que je l' appelle La violette de Cypris.
La Rose est le bouquet d'Amour, La Rose est le jeu des Charités, La Rose blanchit tout autour, Au matin, de perles petites Qu'elle emprunte du point du jour.
La Rose est le parfum des Dieux, La Rose est l'honneur des pucelles Qui leur sein beaucoup aiment mieux Enrichir de Roses nouvelles Que d'un or tant soit précieux.
Est-il rien sans elles de beau ?
La Rose embellit toutes choses, Venus de Roses a la peau, Et l'Aurore a les doigts de Roses, Et le front le Soleil nouveau.
Les Nymphes de Rose ont le sein, Les coudes, les flancs et les hanches ; Hébé de Roses a la main, Et les Charités, tant soient blanches, Ont le front de Roses tout plein.
Que le mien en soit couronné, Ce m'est un Laurier de victoire ; Sus, appelions le deux-fois-né, Le bon père, et le faisons boire, De ces Roses environné.
Bacchus, épris de la beauté
Des Roses aux feuilles vermeilles,
Sans elles n'a jamais été
Quand en chemise sous les treilles
Il boit au plus chaud de l'Été.