L. — Les derniers moments ; la mort
Ah ! longues nuits d'hyver, de ma vie bourrelles, Donnez moy patience et me laissez dormir, Votre nom seulement et suer et frémir Me fait par tout le corps, tant vous m'êtes cruelles.
Le sommeil tant soit peu n'évente de ses ailes Mes yeux toujours ou vers, et ne puis affermir Paupière sur paupière, et ne fais que gémir, Souffrant, comme Ixion, des peines éternelles.
Vieille ombre de la terre, ainçois Y ombre d'enfer, Tu m'as ouvert les yeux d'une chaîne de fer, Me consumant au lit, navré de mille pointes :
Pour chasser mes douleurs amène moy la mort. Ha ! mort, le port commun, des hommes le confort, Viens enterrer mes maux ! je t'en prie à mains jointes.
Il faut laisser maisons et vergers et jardins, Vaisselles et vaisseaux que l'artisan burine, Et chanter son obsèque en la façon du Cygne, Qui chante son trépas sur les bords Maeandrins.
C'est fait ! j'ai dévidé le cours de mes destins, J'ay vécu, j'ay rendu mon nom assez insigne. Ma plume vole au ciel, pour être quelque signe Loin des appas mondains qui trompent les plus fins.
Heureux qui ne fut onc ! plus heureux qui retourne En rien comme il étoit, plus heureux qui séjourne, D'homme fait nouvel ange, auprès de Jesuchrist,
Laissant pourrir çà bas sa dépouille de boue Dont le sort, la fortune et le destin se joue, Franc des liens du corps pour n'être qu'un esprit.
ni
A son âme.
Amelette Ronsardelette, Mignonnelette doucelette, Très chère hôtesse de mon corps, Tu descens là bas faiblelette, Pâle, maigrelette, seulette, Dans le froid Royaume des mors :
Toutesfois simple, sans rgmors y J)a meurtre, poison ou rancune, M^rïsàritïaveurs et trésors Tant enviés par la commune.
Passant, j'ay dit,/suy ta fortune, Ne trouble mon repos, je dors.