‹ Anthologie du XVI siecle francaisChapitre 47 sur 74 · PIERRE DE RONSARD · texte numérisé non relu

PIERRE DE RONSARD

(D'après une ancienne gravure.)

MUSES

Au nocher, qui sans cesse erre sur la marine, Le teint noir appartient ; le soldat n'est point beau Sans être tout poudreux ; qui courbe la poitrine Sur nos livres est laid, s'il n'a pâle la peau.

RONSARD

Mais quelle récompense auray-je de tant suivre Vos danses nuit et jour, un Laurier sur le front ? Et ce-pendant les ans, ausquels je dûsse vivre En plaisirs et en jeux, comme poudre s'en vont ?

MUSES

Vous aurez en vivant une fameuse gloire, Puis, quand vous serez mort, votre nom fleurira ; L'âge de siècle en siècle aura de vous mémoire, Seulement votre corps au tombeau pourrira.

RONSARD

O le gentil loyer ! que sert au vieil Homère, Ores qu'il n'est plus rien sous la tombe là-bas, Et qu'il n'a plus ny chef, ny bras, ny jambe entière, Si son renom fleurit, ou s'il ne fleurit pas ?

MUSES

Vous êtes abusé : le corps dessous la lame Pourry ne sent plus rien, aussy ne luy en chaut ; Mais un tel accident n'arrive point à l'âme, Qui sans matière vit immortelle là haut.

(2,829) Il

RONSARD

Bien, je vous suivray donc d'une face riante, Dussè-je trépasser de l'étude vaincu, Afin qu'après ma mort à la race suivante Je ne soys diffamé qu'en porc j'auray vécu.

MUSES

Voilà sagement dit : ceux dont la fantaisie Sera religieuse et dévote envers Dieu, Toujours malgré les ans vivra leur Poésie, Et dessus leur renom la Parque n'aura lieu.

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