VIII. — Les veillées bretonnes
Au temps passé... il se faisoit des fileries, qu'ils appellent veillois... où se trouvoient de tous les environs plusieurs jeunes valets et hardeaux, illec s' assemblant et jouant à une infinité de petits jeux que Panurge n'eut onc en ses tablettes. Les filles, d'autre part, leurs quenouilles sur la hanche, filoient. Les unes, assises en lieu plus élevé, verbi gratia sur une huche, ou met... à fin de faire plus gorgiasement pirouetter leurs fuseaux, non sans être épiés s'ils tomberoient ; car en ce cas, il y a confiscation rachetable
d'un baiser ; et bien souvent il en tomboit de guet-apens et à propos délibéré, qui était une succession bientôt recueillie par les amoureux, qui d'un ris badin se faisoient fort requérir de les rendre. Les autres, moins ambitieuses, étant en un coin près le feu, regardoient par dessus les épaules des autres et plus avancées, se haussant sur le bec du pied et minutant les grimaces qui se faisoient en la place et comble de l'hôtel, tirant et mordant leur fil et peut-être bavant dessus, pour n'être que d'étoupes... Là se faisoient des marchés..., mais bien peu, parce que ceux qui vouloient, tant peu fût, faire les doux yeux, dérober quelque baiser à la sourdine, frappant sur l'espaule par derrière, étoient contrôlés par un tas de vieilles, qui perçoient de leurs yeux creux jusques dedans le tect aux vaches, ou par le maître de la maison étant couché sur le côté en son lit bien clos... et en telle vue qu'on ne lui pût rien cacher.
(Contes et discours d'Eutrapel, XI.)