A NOTRE-DAME LA PAUVRETÉ
Nous sommes venus vers vous, ô Nôtre-Dame ; veuillez nous réserver un accueil favorable. Nous ' désirons devenir les serviteurs du Seigneur des vertus, parce que nous savons qu'il est aussi le Roi de gloire.' Nous avons om dire, et la commune expérience nous~^ a appris que vous êtes la reine des vertus ; c'est pourquoi nous nous jetons à vos pieds et vous supplions' humblement d'être avec nous et de nous guider vers le Roi dé gloire, comme vous l'avez guidé lui-même quand ila daigné descendre du ciel et visiter ceux qui étaient assis dans les ténèbres et l'ombre de la mort. Nous savons que vous détenez la puissance et le pouvoir suprêmes, que le Roi des rois a fait de vous la Reine et la Dame dé toutes les vertus. Il nous suffît • d'être en paix avec vous pour être assurés de notre salut, car Celui qui noua a rachetés par votre entremise, -par votre entremise aussi nous recevra dans le Giel. Vous n'avez qu'à dire une parole ; aussitôt
-nous serons sauvés, car le Roi des rois et Seigneur des seigneurs. Créateur du ciel et de la terre, s'est
, épris de votre beauté. Alors qu'il était riche en trésors et en gloire, il a abandonné son palais et a renoncé à son héritage pour venir demander votre naain. Si grande est votre dignité, si incomparablement élevée votre place, qu'il a compté pour rien les charmes de tous les anges et la force des vertus
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innombrables du Ciel et vous est venu chercher dans les plus basses régions de la terre, où vous gisiez dans la^fange et la boue, au milieu des ténèbres et de l'ombre de la mort. Tous les vivants vous vouaient à, Texécration, tous vous fuyaient et s'efforçaient dé leur mieux de vous éloigner d'eux, et ceux qui n'y pouvaient tout à fait parvenir ne vous tenaient pas moins pour haïssable. Mais une fois que le Seigneur, agissant comme le maître souverain," vous eut reçue dans ses bras, il releva votre tête au-dessus de tous
* les peuples pour y placer la couronne nuptiale et ,vous enleva sur les nuées, et quoique nonibre de malheureux, ignorants de votre puissance et de votre gloire, vous détestent encore, leur haine ne parvient point jusqu'à, vous, parce que vous habitez^ royalement sur la montagne sainte, dans la demeure inébranlable de la gloire du Christ.
Le Fils du Père céleste, s'étant ainsi épris de votre
, beauté, s'est attaché à vous seule en ce monde, et votre fidélité en toutes choses a correspondu à son
' indissoluble attachement. Il n'avait point encore quitté la patrie dé lumière pour venir ici-bas,, quand déjà vous lui prépariez une demeure appropriée, un trône pour s'asseoir, un lit pour reposer, en la personne -de la Vierge pauvre' entre toutes qui devait lui donner le jour. Vous n'avez point manqué d'accourir à sa naissance^ afin de fermer devant lui les hôtelleries, ainsi que nous le dit l'Evangile, et de ne lui offrir qu'une crèche. Vous avez été sa compagne inséparàble-à tous les instants de sa vie terrestre, à ce point
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que les renards ont des tanières et les oiseaux des nids, mais que le Christ n'a pas eu où reposer sa tête. Quand il a commencé à enseigner, c'est votre éloge, qui est d'abord sorti de sa bouche, c'est vous qu'il a d'abord exaltée en disant : « Bienheureux les pauvres en esprit, car le RoyaXime des cieiix leur appartient. » Quand il a choisi les témoins nécessaires de sa très sainte prédication et de la lutte glorieuse qu'il allait, livrer pour le salut du genre humain, il n'a point appelé de riches marchands, mais de pauvres pêcheurs, afin de montrer à tous ' lès hommes combien ils devaient vous ainïer. Et pour rendre manifeste à tous cette bonté, cette magnificence, cette force par lesquelles vous dépassez toutes les vertus, si bien que celleff-ci ne subsistent que grâce à vous ; pour faire comprendre à tous que votre royaume n'est pas de ce niondei mais n'est . autre que le Royaume des .cieux, vous vous êtes attachée seule au Roi de gloire, alors que tous ceux qu'il avait choisis et qu'il aimait l'abandonnaient lâchement. Vous étiez l'épouse très fidèle, l'amante très douce, aussi ne vous êtes- vous éloignée de lui à aucun moment. Bien plus, vous vous êtes d'autant plus attachée à lui qu'il était," sous vos yeux, plus méprisé de tous, et votre compagnie a seule pu rendre possible un mépris aussi universel. Vous étiez près de lui quand les juifs l'injuriaient, quand les pharisiens l'insultaient, quand les princes des prêtres le couvraient d'opprobre. Vous étiez près de lui quand on le souffletait, quand on lui crachait au visage,